EIP : J’ai pas besoin d’apprendre, j’ai compris

Mémoriser et comprendre, et surtout mémoriser sont deux gestes mentaux différents. « Je n’ai pas besoin d’apprendre, j’ai compris ». Combien de fois ai-je entendu cette phrase ?  Pourtant nombreux sont les hauts potentiels qui ne font pas la différence. Cette méconnaissance leur joue bien des tours.

 

Cas de coaching

 

Je rencontre Pauline ,13 ans, EIP[1], qui est en  3ème. Voici notre premier échange :

 

idee

 

Pourquoi viens-tu me voir ?

Parce que mes résultats chutent.

Tu penses savoir pourquoi tes résultats baissent ?

Non, quand je sors du cours, j’ai compris mais, je me plante à l’interro.

Tu as une idée de ce qui te fait rater ton interro ?

Je ne sais plus quoi répondre aux questions… alors que j’ai compris.

 

Que se passe-t-il pour Pauline ? 

 

comprendre1

 

« Comprendre » n’est pas « mémoriser ».

Les EIP sont rarement dans un geste de mémorisation.

Leur geste « phare » est la compréhension.

En gestion mentale, le geste de compréhension est réalisé par la  traduction rapide dans sa langue mentale. Dans cette compréhension, il y a une notion de tri… de ce qui est utile (ou non).

Pour les EIP, c’est bien sûr trier ce qui leur semble utile à eux. Avec ce tri, ils s’éloignent de la pensée « officielle » : ils n’ont pas les images ou les mots attendus. Ils ont leurs propres images et leurs propres mots. Ceux qui se sont traduits dans leur propre langue mentale.

Ils sont aussi dans cette notion « d’évidence ». Comme ils ont compris (et souvent rapidement), cela devient évident : évident pour qui ?

Leurs constructions mentales sont souvent rapides. Lorsqu’une construction se fait trop rapidement, souvent, elle n’est pas suffisamment solide et devient donc plus difficilement récupérable.

 

Pauline : Pourquoi ai-je besoin d’apprendre ça comme ça ?

 

L’une des premières choses est de mettre du sens sur cet apprentissage.

A quoi ça me sert de savoir Pythagore ou Thalès ? Tu t’en sers toi, dans ta vie ?

Ne jamais éluder la question, faute de renforcer leur impression d’inutilité de certains apprentissages scolaires.

Non, depuis que je suis sortie du système scolaire, je ne me suis jamais resservie de Thalès.

 

Inutile de nier l’évidence. Thalès ne m’est d’aucune utilité dans ma vie quotidienne. Alors, pourquoi les apprendre ? Et quels intérêts peuvent y mettre nos jeunes ?

 

 

Mettre du sens.

Si mettre du sens sur les apprentissages apparaît comme une évidence encore plus importante pour ces jeunes EIP, elle peut être liée à leur notion de projet.

En effet, il est difficile de mettre un vrai sens concret dans certains apprentissages. Que ce soit Thalès, les dérivées des fonctions, le tableau périodique des éléments chimiques…

 

Mais quand je demande à Pauline :

Quel métier envisages-tu de faire ?

Je veux être magistrate… juge pour enfants pour pouvoir les aider.

 

Outre l’aspect « injustice » que l’on retrouve très souvent chez les EIP, Pauline a donc un vrai projet. Pour être magistrat (globalement), il faut passer un bac, valider des études de droit pour accéder à l’école de la magistrature.

 

 

Pauline a bien conscience qu’elle a encore un long chemin d’études à faire.

 

 

Une prise de conscience nécessaire.

Mettre du sens et notion de projet sont liés dans ce cas-là ai-je déjà dit. Il est important que Pauline en prenne conscience. Comment faire ?

 

« … on parlera de mettre l’élève « en situation de projet », en lui faisant anticiper mentalement la situation de réutilisation de ce qu’il apprend (qui est, malheureusement, le plus souvent, la situation d’évaluation scolaire) ou en l’amenant à se représenter un résultat à long terme que l’on estime éminemment désirable pour lui et qui va, pense-t-on, le mobiliser… »

Philippe MEIRIEU[2]

 

Dans son projet personnel, Pauline envisage des études et le passage de diplôme. Avoir son baccalauréat, par exemple, veut dire que l’on a acquis les apprentissages du niveau attendu d’un bachelier. Cela veut dire aussi que l’on a acquis la méthode attendue.

Par exemple, en mathématiques, être bachelier sous-entend que l’on a compris et sait montrer que l’on a acquis la méthode démonstrative pour arriver au résultat. Il n’y a donc pas que le résultat qui compte, mais la méthode pour y arriver. Vous devez donc justifier vos résultats. L’objectif est d’avoir atteint une formation mathématique.

Il en va de même pour le français. Dans l’introduction, on attend d’un bachelier de savoir la rédiger suivant une méthode : phrases d’introduction générale, phrases d’introduction du document, problématique, annonce du plan. On ne lui demande pas si lui, il préférerait s’y prendre autrement, mais bien de suivre ce qui est attendu par le correcteur.

Ces méthodes rapportent des points et si l’objectif est l’obtention d’un diplôme, il est donc hautement stratégique de les suivre !

 

Notion de projet

 

Pour arriver au bout de son projet, Pauline va donc devoir apprendre à communiquer son savoir à son correcteur.

Combien de fois avez-vous entendu dire un EIP : « j »sais pas comment j’y suis arrivé mais j’ai le bon résultat. » ?

Admettre que leur pensée va plus vite ou que certaines choses « s’imposent » à eux est une chose. Admettre qu’ils ont le droit de se dédouaner de montrer qu’ils ont compris ce qui était attendu n’est pas un service à leur rendre.

 

 

Je me souviens par exemple d’Antoine qui était en 4ème et qui n’avait pas la moyenne en histoire géographie. Pourtant, Antoine adorait l’histoire et était même intarissable sur certains sujets (dont certains traités en classe !). A la question : qu’est-ce que le commerce triangulaire ? Antoine répond : Commerce des noirs entre Europe, l’Afrique et l’Amérique. A la question : Pourquoi les conditions les conditions de voyage sont-elles difficiles pour les esclaves ? Antoine s’épanche sur le sujet et écrit une réponse de plus d’une dizaine de lignes.

Or, la question « Qu’est-ce que le commerce triangulaire ? » vaut 4 points et celle sur les conditions de voyage des esclaves 2 points. Le correcteur attend donc une réponse qui vaut 4 points et la réponse d’Antoine (même juste) ne les vaut pas. Il n’a même pas pris la peine d’écrire une phrase, il a juste posé quelques mots sur sa feuille. Il est attendu qu’il en mette pour 4 points !

Inversement pour l’autre question. Bien sûr, Antoine a obtenu les deux points sur cette question, mais sa réponse est beaucoup trop longue. Il a surement perdu du temps au détriment d’autres réponses qui demandaient d’être plus étayées.

 

Antoine n’a pas été suffisamment stratégique… et il perd donc sa moyenne d’histoire- géographie.

 

En lui expliquant très concrètement ce qui est attendu, Antoine remontera rapidement ses notes.

 

 

Une fois que Pauline a compris qu’elle était dans un geste de compréhension et que cela ne suffisait pas (plus), nous avons vu ensemble comment faire pour bien mémoriser. Alors comment faire ?

 

 

L’article continue 1/3

  Page 2 de l’article

 

 

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[1] : EIP : Enfant Intellectuellement Précoce. On les appelle aussi les enfants à Haut Potentiel (HP), les APIE (Atypique Personne dans l’Intelligence et dans l’Émotion) ou les zèbres. Pour en savoir plus, vous pouvez lire :

♦ L’article : EIP, HP, APIE… et dys

♦ Le blog : « Les tribulations d’un Petit Zèbre »

♦ Le blog : « Le cheval à rayures »

[2] : Extrait de « Donner du sens » de Philippe Meirieu

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