TDAH : voir la partie cachée de l’icerberg

 

Il y a peu de temps, je m’agaçais suite aux différentes lectures disponibles sur Internet (voir article : « Quand on mélange versant scientifique et questionnement parental ») concernant les traitements médicamenteux pour les enfants souffrant de TDAH (Trouble Déficitaire de l’Attention avec Hyperactivité). Voici ci après un article paru dans Paris Match interviewant le Docteur Konofal.

Le docteur Konofal est le co-auteur de « L’hyperactivité : TDAH » (écrit par les docteurs Lecendreux, Konofal et Touzin, éditions Solar).

 

 

Cet article permet de remettre en évidence les bienfondés d’une prise en charge globale dont le traitement médicamenteux par méthylphénidate fait partie intégrante. L’erreur a été pendant longtemps de s’axer sur le coté hyperactif du TDAH, oubliant qu’il n’est que la partie visible de l’iceberg (90% de la surface d’un iceberg est immergée donc invisible).  Le versant « attentionnel » est en fait le facteur dominant du TDAH. Un traitement par méthylphénidate permet alors de restaurer des capacités attentionnelles. L’impact est alors double :

–       En termes d’apprentissages : permettre l’accès aux apprentissages.

 

–       En termes de relations sociales : ce dernier point est souvent moins pris en compte alors qu’il est fondamental pour un enfant, un adolescent ou un adulte d’avoir une vie sociale : relation amicale, amoureuse, sportive, professionnelle… Les relations sociales impactent également le développement de l’enfant.

 

 

Voici l’article :

 

TDAH : Traitement des enfants hyperactifs:

attention aux erreurs !

 

La journée pour la recherche sur ce trouble a permis au Dr Eric Konofal* de démontrer l’efficacité d’une prise en charge sur mesure.

 

Paris Match. Chez l’enfant, quels symptômes liés au trouble d’hyperactivité doivent alerter les parents ?
Dr Eric Konofal. Selon une étude française, on estime que 3,5 à 5,6 % des écoliers sont atteints d’hyperactivité. Tous présentent trois symptômes associés. 1. Une inattention : sans cesse ­distraits, leur esprit est toujours ailleurs (en classe, à la maison ou lors d’un exercice de loisirs). Ils n’écoutent pas ce qu’on leur dit. 2. Une impulsivité, témoignant d’une totale incapacité de penser avant d’agir, et cela sur un plan moteur comme intellectuel. 3. Une hyperactivité : agités en permanence, ils ne tiennent pas en place.

 

Comment s’assurer du diagnostic ?
En consultant un spécialiste hospitalier qui va éliminer toute autre cause (maladie neuropédiatrique ou chronique, problèmes psychiques passagers, etc.). Ensuite, l’enfant sera confié à une équipe pluridisciplinaire (orthophoniste, psychologue, ­psychomotricien) qui évaluera l’importance du trouble et la stratégie à adopter.

 

Quelles peuvent être les conséquences de cette hyper­activité (ou TDAH) chez les enfants ?
1. D’abord, des résultats scolaires décevants avec échec aux examens. Punis par les enseignants, ils se sentent dévalorisés. 2. Des conflits en famille et avec leurs camarades de classe. Ils se retrouvent très souvent isolés durant les récréations. Comme il s’agit d’un trouble qui – sans sérieuses mesures d’accompagnement – perdure tout au long de l’existence, ces enfants, à l’âge adulte, risquent de se retrouver dans une situation de précarité car sans profession fixe, et isolés socialement.

 

Quels centres sont dotés d’équipes spécialisées pour ces enfants ?
Des services ont été mis en place dans ­plusieurs hôpitaux : à Paris, à l’hôpital Robert-Debré, mais aussi, et en ­province dans divers CHU dont ceux de Lyon, Montpellier ou encore Bordeaux.

 

Jusqu’à présent, quelles ont été les erreurs dans la prise en charge ?
On a trop longtemps considéré comme facteur essentiel le symptôme d’hyperactivité, alors qu’elle est une conséquence de l’inattention qui engendre aussi l’impulsivité. On a donc voulu d’abord traiter cette agitation, et on l’a fait avec des neuroleptiques, ce qui a aggravé l’état de santé de ces enfants en les rendant anxieux et même dépressifs. Puis on a persévéré dans l’erreur en leur prescrivant des antidépresseurs et des anxiolytiques. Résultat : ces enfants ont longtemps été dans l’errance thérapeutique, ce qui a induit un sentiment de culpabilité chez leurs parents. En consultation, on reçoit aujourd’hui des adultes qui souffrent depuis leur plus jeune âge et nous présentent des ordonnances aberrantes ! Certains sont dans le plus total désarroi, et ayant parfois sombré dans l’alcoolisme ou la toxicomanie.

 

Aujourd’hui, quelle est la stratégie à adopter par les ­soignants ?
1. Expliquer aux parents qu’on peut désormais ­remédier au problème de leur enfant. 2. Traiter le TDAH avec des stimulants du système nerveux central et d’autres de l’éveil (exemple : le méthylphénidate) dont les doses sont adaptées à l’âge et au poids. Ces médicaments, chez l’enfant, restaurent la faculté de porter une attention appropriée à chaque situation et leur permettent de se concentrer. Dans certains cas, il est nécessaire d’associer ce protocole à des séances de thérapie comportementale avec un psychologue.

 

Existe-t-il d’autres traitements ?
A Robert-Debré, il a été montré que ces ­hyperactifs manquaient de fer, on leur a alors prescrit un traitement à base de sels de fer(1). Des études sont en cours avec des molécules nouvelles. Des résultats encourageants seront communiqués au prochain congrès à Berlin.

* Médecin, praticien hospitalier à l’hôpital Robert-Debré, investigateur en recherche clinique à l’Inserm UMR-S 738

 

Article publié dans Paris Match, écrit Sabine de la Brosse

 

(1).voir article sur « TDAH : Surveillez le taux de ferritine » : ici.

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