Valérie DUBAND, Coach, formatrice et consultante, Lyon

Haut potentiel, dys et brillant !

 

 

HP, dys et brillant : c’est possible !

 

Pourquoi cet article ? Parce que oui, on peut être dys et haut potentiel et être brillant !

J’ai souvent l’impression d’entendre qu’être dys est une fatalité malveillante, qu’obligatoirement, cet enfant ne sera pas en réussite, qu’il ne peut être un bon élève, voire un très bon élève et qu’il suive déjà le programme dans une classe “normale” n’est déjà pas si mal.

Les troubles “dys” (dyslexie, dyspraxie, TDAH, dysphasie…) ne sont pas une fatalité et les élèves “dys” ont donc aussi le droit d’être brillant.

 

Marine, lycéenne : HP et dyslexique ne sont pas une fatalité.

Marine est dyslexique et haut potentiel. Sa dyslexie a été diagnostiquée tardivement comme c’est souvent le cas chez les hauts potentiels (lire l’article EIP, HP, APIE… et dys).

“L’école, c’est une galère” commence-t-elle par me dire. Marine est une élève moyenne. Elle a toujours travaillé, un peu, parfois beaucoup, mais pas forcément énormément et “ça passait” comme elle dit. L’arrivée au lycée est vraiment devenue difficile, plus d’organisation, plus de choses à apprendre, à approfondir, les matières scientifiques qui deviennent vraiment scientifiques… Marine se met donc à travailler vraiment. Elle obtient son passage en première un peu à l’arrachée mais elle passe.

À l’entrée en première, devant ses difficultés récurrentes, un bilan orthophonique est passé et un test du QI est demandé. En effet, nombreux sont les enseignants qui trouvent que Marine a des problèmes de compréhension, qu’elle fait des erreurs parce qu’elle ne comprend pas. Ils évoquent même une réorientation.

Le diagnostic tombe Marine est dyslexique. C’est un soulagement pour elle, elle met enfin des mots sur ses difficultés. Lors du compte-rendu de son test du QI, Marine pleure : non, elle n’est pas bête ! Elle a du mal à croire que le neuropsychologue ne s’est pas trompé. Elle admet difficilement qu’elle est Haut Potentiel (Haut Potentiel (HP) : Enfant Intellectuellement Précoce) et pourtant, elle se reconnaît bien dans leur fonctionnement atypique lorsqu’on lui explique. En effet, les HP ont une manière de penser et de réfléchir atypique et vivent les émotions souvent de manière exacerbée.

Des séances d’orthophonie sont mises en place et je travaille avec elle sa méthodologie : être plus efficace, s’organiser différemment, … et utiliser son potentiel. Un PAP est demandé et est mis en place dans son lycée. Ensemble, nous travaillons aussi à restaurer une image positive d’elle-même. Petit à petit, Marine commence à y croire aussi.

Le premier trimestre est compliqué. C’est normal, tout démarre et il faut laisser un peu de temps quand même à cette jeune fille. Au second trimestre, les notes remontent. Les enseignants pensent qu’elle a eu un déclic. Pas de déclic, mais une prise en charge globale de son trouble spécifique des apprentissages : son potentiel peut donc commencer à s’exprimer. Les notes remontent vraiment et Marine se retrouve petit à petit dans le peloton de tête. Oui, on a le droit d’être HP, dys et brillant !

 

Maxime, HP et TDAH : apprendre à viser l’excellence.

Maxime a eu la chance d’être diagnostiqué jeune, vers les 7/8 ans.

Le primaire a été compliqué, il bougeait beaucoup mais malgré tout et encadré par une équipe plutôt bienveillance, il a fait comme on pourrait dire son petit bout de chemin sans trop d’embûches. L’entrée au collège était attendue avec une certaine forme d’impatience : enfin des matières nouvelles ! Maxime est déçu, il ne trouve rien de bien nouveau au collège. Certains professeurs remettent en cause son haut potentiel : “vous êtes sûrs ?” demandent-ils aux parents à de nombreuses reprises, “parce que nous, nous ne voyons rien”.

Les parents tentent d’expliquer que justement cela ne se voit pas, mais restent souvent confronter au même discours : Maxime manque d’attention, bouge, parle, ne sait pas se concentrer bien longtemps. Les parents tentent aussi d’expliquer qu’il a un déficit attentionnel, les enseignants répondent qu’ils savent, qu’ils connaissent et en même temps continuent toujours le même discours. Le collège sera douloureux pour Maxime.

En 4ème, il s’entend dire qu’il ne fera jamais d’études, il rêve d’être architecte. Les aménagements sont mis en place, pas toujours, pas par tous les professeurs… Maxime suit des rééducations, il commence aussi à en avoir marre. Ses parents, quant à eux, connaissent bien son potentiel, ils croient en lui. En 3ème, les notes sont très moyennes, pas catastrophiques, dans la moyenne et certaines dans la moyenne basse. Il ne serait pas sérieux de le laisser passer en 2de, nombreux pensent qu’il va “magistralement se planter”. Maxime veut toujours devenir architecte. Il s’amuse à faire des maquettes, des plans, il joue avec des logiciels spécifiques trouvés à droite et à gauche… Il prend même des cours de dessin. Il fait son stage dans une société d’architecture et revient encore plus motivé que jamais. Ses parents partent à la recherche d’un lycée bienveillant et qui respectera ses aménagements. Maxime a besoin de croire en lui aussi. Il commence à perdre confiance en son potentiel, il doute même qu’il existe. Le passage en 2d est refusé. Heureusement, ses parents ont trouvé un lycée qui fait une “seconde préparatoire” : des jeunes, motivés, qui se voient refuser le passage en seconde et qui veulent une autre chance.

Si les notes de Maxime ne sont que très moyennes durant l’année, lors du brevet, il décroche un 12 en français, un 14 en mathématiques, un 9 en histoire géographie et un 16 en HDA (Histoire de l’Art). Il rentre donc en seconde préparatoire. Les enseignants sont bienveillants, ils prennent en compte le potentiel de Maxime. Pour la première fois, il est encouragé et on attend des choses de lui. “Oui, il peut faire mieux parce qu’il en a les capacités et nous sommes donc aussi exigeants avec lui dans certaines matières.” disent alors les enseignants. Il obtient son passage en seconde. En seconde, Maxime devient brillant. Il est en tête de classe : “les maths, la physique… c’est trop facile“. Pour la première fois, il a les “Félicitations” du conseil de classe. Il a compris qu’il pouvait aussi être exigeant avec lui-même dans les matières qui lui semble “faciles”. A la fin de l’année, toutes les portes lui sont ouvertes, Maxime peut choisir la filière qu’il souhaite. Dans un sourire, il me dira “Le lycée, ça m’a rendu intelligent“.

Non, bien sûr que le lycée ne l’a pas rendu intelligent, Maxime a toujours été intelligent. On lui avait juste empêché de croire qu’il avait le droit d’exprimer son intelligence et donc d’être brillant.

 

La clé des possibles

Tous ces jeunes se sont entendus dire au moins une fois qu’avec un trouble “dys” associé à leur HP, il y avait une balance. Une balance qui mesure quoi ? Comme si le fait d’avoir un HP devait être contrebalancé par un trouble dys”, comme s’il y avait une notion de justice, de remise dans une norme…

 

 

Des aménagements correctement mis en place, des rééducations adaptées, une équipe d’enseignants bienveillante, des parents confiants … et quelques méthodes de travail adaptées et un peu de confiance en soi : voici la clé de leur réussite. Non, ils ne sont pas devenus brillants. Ils l’étaient depuis le début. Il fallait que l’écrin soit plus doux, plus moelleux, pour qu’ils acceptent de s’y poser. Alors, oui, on peut être dys et HP et brillant, les jeunes (et les moins jeunes aussi) ont aussi ce droit-là. Etre dys et HP n’est pas une fatalité. Arrêtons de faire croire à nos jeunes que tout n’est pas possible, certaines choses sont plus difficiles, certaines choses les mettent en situation de handicap, mais pas tout. Certaines choses leur sont faciles et c’est bien à ce moment-là que nous avons le droit d’être exigeants avec eux : n’est-ce pas aussi une manière de leur donner confiance en eux ? N’est-ce pas non plus une manière de leur montrer que nous avons vraiment confiance en eux et dans leur potentiel ?

 

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Blog de Valérie DUBAND

Coach professionnelle
Spécialisée enfants et adolescents
Formatrice
Coordinatrice "dys" dans un collège lyonnais

Méthodologie : prendre un bon départ

Stage pour les adolescents

Une semaine avant la rentrée scolaire, ce stage est l’occasion de prendre un nouveau départ. Il répond à la problématique de l’apprentissage des leçons :
♦ Comment apprend-on une leçon ?
♦ Comment se préparer à une évaluation ?
♦ Quelles sont les bonnes conditions d’apprentissage ?

Objectif : Apprendre à apprendre en devenant conscient de ses méthodes internes pour développer ses compétences d’attention et de mémorisation.

Date : 28 - 29 -30 et 31 août de 9h à 11h30
Pour les élèves à partir de la 5ème (5ème à la rentrée 2017)

Reste 4 places au 2 mai 2017.

Présentation du blog

Partage de recherche, de lecture, d'information, de conseils... concernant les handicaps invisibles : dyslexie, dysorthographie, dyspraxie, dysgraphie, dyscalculie, et Trouble Déficitaire d'Attention avec Hyperactivité (TDAH). Et les Enfants Intellectuellement Précoces (EIP, HP, APIE) qui peuvent également être touchés par un handicap invisible.

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