Etudiants : rentrer dans des cases

Quand on parle d’accessibilité, on pense plus facilement fauteuils roulants, livres en braille, bandes sonores, langues des signes… et on oublie trop souvent les handicaps moins invisibles.

 

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C’est en colère que j’écris ce billet parce que l’un des étudiants que je suis s’est vu refuser des aménagements importants pour la bonne continuité de ses études. Durant cette année, il a fallu pallier contre un élément qui finalement est peu pris en compte : la fatigabilité.

 

Fatigabilité, attention, mise en danger !

Après avoir été en cours que doit encore faire un étudiant ? La réponse vous semble évidente mais, essayons de la décortiquer ensemble : travailler ses cours bien sûr et également, se préparer à manger, faire un peu de ménage, s’occuper de sa lessive, faire ses courses…

Que se passe-t-il pour un étudiant en situation de handicap ?

Il lui a fallu se préparer pour aller en cours : se lever, se préparer, s’habiller, petit déjeuner…  puis préparer son sac et ne rien oublier pour enfin pouvoir partir. Il lui faut aller prendre les transports en commun, souvent bondés en heure de pointe autrement dit sans place assise. Enfin, il arrive en cours. Là, il va falloir qu’il prenne son cours ce qui lui demande de l’attention, beaucoup d’attention. Le cours terminé, objectif ne rien oublier ! Ni dans l’amphi, ni dans le bus ou encore dans un couloir.

Dans quel état sont-ils quand ils rentrent chez eux ?

Si j’écris « fatigué », vous ne serez pas surpris. Leur attention a été mobilisée afin de prendre des notes, de comprendre ce qui est dit et de tenter de mémoriser certaines choses. Avec cette fatigue qui engendre une attention labile, ils n’ont pas pris forcément toutes leurs notes, ni enregistrer une bonne partie de ce qui s’est dit en cours. Si pour le premier point, ils peuvent bénéficier d’un preneur de notes ou du don de notes ; pour le second, c’est bien plus de travail personnel qui les attend.

 

Mais ils doivent encore se préparer à manger donc planifier un repas, découper, éplucher, faire cuire… sans rien faire brûler. Mais, quand on est trop fatigué que fait-on : on s’endort !! Le repas brule, le feu peut même prendre dans l’appartement… ou on s’endort sans manger parce que se préparer à manger, c’est trop ! Au mieux, ils grignotent. Or, pour être dans de bonnes conditions d’apprentissage, l’alimentation (équilibrée bien sûr) et le sommeil sont deux éléments essentiels.

 

Mais que se passe-t-il quand les cases n'existent même pas ?
Mais que se passe-t-il quand les cases n’existent même pas ?

 

Alors, oui, je suis en colère lorsque l’on répond à cet étudiant que ces demandes ne rentrent dans aucune case dans la PCH (Prestation de Compensation de Handicap).On pourrait penser que ce sont des demandes fantaisistes mais, non refus de numérisation des livres et de séances d’ergo en libéral pour parfaire l’utilisation de l’ordinateur.

Il devra donc encore cette année scanner tous ses livres. Nous parlons de livres spécifiques à sa filière n’existant pas en version numérique, nous parlons de plusieurs livres dont certains peuvent avoir 250 pages. Autrement dit comment accroitre encore sa fatigabilité !

Les séances d’ergo pourraient peut-être prises en charge mais, pas dans le cadre d’un perfectionnement de l’utilisation de l’ordinateur. A bon entendeur…

Une demande d’aide humaine (à domicile) avait été également réalisée mais, malgré les risques évoqués et la fatigabilité, cela ne semble pas vraiment suffisant. Faut-il vraiment attendre l’accident grave pour que le risque soit alors pris en compte ?

 

Egalité des chances : où es-tu ?

Je vais espérer que la commission plénière évalue correctement toutes les demandes. On s’étonne que les étudiants en situation de handicap soient peu nombreux mais, s’ils se retrouvent coincés avec des cases qui n’existent pas dans la PCH, on comprend mieux pourquoi.

Tout ça parce que les bonnes cases n’existent pas, cela parait fou en 2014, 9 ans après la mise en place de la loi de 2005 sur l’Egalité des chances.

Pour moi, la vraie accessibilité des personnes en situation de handicap sera réalisée quand on prendre en compte la personne dans sa globalité. C’est pour quand ?

 

Si l’été pouvait porter conseil à nos chers dirigeants et décisionnaires… 

 

 

Je peux vous dire aujourd’hui, mes amis, qu’en dépit des difficultés et des frustrations actuelles, 

j’ai quand même fait un rêve.

Martin Luther King

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