Eduquer ses enfants sans violence : « une richesse intérieure incroyable »

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Éduquer ses enfants sans violence

 

De plus en plus conseillée par les spécialistes de l’enfance, l’éducation non violente gagne du terrain, à l’école comme à la maison.

 

Quelle école ne vit pas de bavardages répétés, refus de travailler, et autres devoirs non faits ? Quelle famille n’échappe pas aux crises de larmes, portes qui claquent ou insultes en tous genres ? Face à ces scènes de violence ordinaire, la réaction de bien des adultes est souvent la même : réponses agressives, moralisation, humiliations, etc. Autant d’automatismes, transmis de génération en génération, et qui blessent les enfants plus qu’ils ne les font grandir. Pourtant, d’autres voies existent. Partant du principe que le système récompense-punition n’est pas la solution à long terme, les défenseurs de l’éducation non violente  invitent les adultes à mettre en place un cadre et des règles de vie fondés sur le respect, l’écoute et l’autorité bienveillante.

 

À l’école, un terrain idéal 

Ancien instituteur puis directeur d’école, Jean-François Laurent  sillonne aujourd’hui la France pour former les parents et les enseignants à ces questions et en débattre avec eux.

La violence ordinaire est le mode de communication le plus spontanément utilisé par les adultes lors des conflits avec les enfants, explique-t-il d’emblée, se donnant en exemple. J’ai démarré ma carrière dans le jeu de pouvoir, à coup de menaces et de punitions. Or, les adultes ne devraient jamais oublier que c’est à leur contact et en les voyant vivre que les jeunes se construisent. »

La clé de base du mode d’éducation que l’expert en médiation scolaire appelle, selon ses mots, restaurative…, c’est d’apprendre à écouter ses émotions et celles des enfants. Pour leur permettre de grandir autrement, l’instructeur mise – paradoxalement – sur la transgression des règles, une occasion inespérée de grandir selon lui.

Dans ces moments-là, je préconise de convoquer les enfants, à froid, et de relire avec eux l’événement passé, en n’étant plus dans une logique d’obéissance aveugle. Au fil du temps, ils apprennent à exprimer leur ressenti, leurs blessures, à comprendre le sens de la règle au lieu d’agresser en retour. »

Le formateur propose de gérer ces temps en cinq étapes : la réalité de chacun (que s’est-il passé pour toi… Et d’après toi, pour moi), les ressentis de chacun (qu’as-tu ressenti ?, quand… ?), le rapport à la règle qui protège (quelle règle as-tu transgressée ? En quoi est-ce intéressant de la respecter ? En quoi elle te protège ?). Viennent ensuite le moment de trouver d’autres solutions : comment aurais-tu pu faire autrement ? Et de rechercher une réparation : de quoi aurais-tu (je) besoin pour te (me) sentir bien ?
Tout aussi important selon Jean-François Laurent, dire le bon.

Il faut régulièrement donner aux enfants l’occasion d’entendre ce qui est beau en eux, leur faire des compliments, même à l’école. C’est une clé indispensable pour la confiance en soi. »

Pour Jean-François Laurent, enseignant pendant plus de vingt ans, l’école, deuxième lieu de socialisation des enfants après la famille, est d’ailleurs un terrain idéal pour mettre en œuvre cette manière d’éduquer.

Une fois formés, de plus en plus d’enseignants modifient leurs pratiques pédagogiques. Le climat change rapidement et les incivilités diminuent. Je suis persuadé qu’en chacun de nous existe cette capacité à élever nos enfants dans une autre logique. Le monde peut changer en une génération. »

Ce bien-fondé d’une autre manière de vivre à l’école, Florence Lodovici, mère de famille et enseignante, en a fait sa priorité dès sa prise de fonction comme directrice d’établissement scolaire il y a trois ans, à Lyon. Pédagogue, elle-même formée à l’analyse transactionnelle et à la non-violence, elle a invité dès 2009 le formateur à intervenir auprès de son équipe. Résultat ? Une nouvelle posture parfois délicate à mettre en œuvre pour les enseignants et qui ne résout pas tout – deux élèves ont été récemment exclus – mais porte un fruit évident.

Les enfants sont plus détendus. Ils prennent goût à cette façon d’instaurer nos échanges avec eux. Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde », souligne-t-elle, pleine d’enthousiasme.

Et en famille 

Accompagner les parents dans leur désir de respecter leurs enfants, c’est aussi le métier de Catherine Dumonteil-Kremer , consultante familiale et mère de trois enfants, à l’origine notamment de la liste de discussion Parents conscients  sur Internet et de la journée de la non-violence éducative. Pour la formatrice, éduquer de la sorte, c’est le travail de base pour construire la société de demain. Pour autant, le parent est bien celui qui soutient et accompagne. Il y a dans toute éducation des règles non négociables ».

 

Que conseille-t-elle aux parents désireux de se lancer ?

D’abord d’admettre sans culpabiliser que ce processus prend du temps et renvoie à l’enfance de chacun. Ensuite, de rejoindre des associations, des listes de parents sur Internet, de lire des livres… 
Résultat au bout du chemin ? « Une richesse intérieure incroyable. » Dont témoigne volontiers Florence Lodovici.

 

« Une richesse intérieure incroyable. »

F. Ludovici

 

Au fil des mois, avec mes enfants, j’ai appris à nommer mes ressentis, parler de moi. On est tellement dans la toute-puissance avec eux. Cette approche a changé ma vie. »

 

Même écho chez Hélène, mère de trois enfants de 6 à 10 ans.

Les conflits n’ont pas disparu, mais on les relit davantage après coup, ensemble. Je ne me bats plus pour des broutilles, j’invite mon trio à se responsabiliser. On se complimente aussi beaucoup plus, et tous ensemble ! »

Forte des fruits reçus, Gwenn informaticienne, mère de deux garçons de 7 et 4 ans, à côté de Rennes, a même fondé une association de parents, parents-partage  en 2010, pour faire mieux connaître ce nouveau mode de vie en famille.

On procède de la sorte avec nos gamins depuis leur naissance A l’école, ils se font respecter. Tout le monde nous dit qu’ils sont épanouis, et bien élevés… C’est encourageant ! »

 

À lire

  • Poser des limites à son enfant et Relations frères-sœurs, de C. Dumonteil-Kremer, éd. Jouvence
  • Médiations sous le préau, coécrit par J.-F. Laurent (à commander sur son site)

Trucs et astuces selon Catherine Dumonteil-Kremer, consultante familiale 

  • Rire et faire le pitre plus souvent avec ses enfants
  • Revisiter ses habitudes familiales (douche, brossage des dents…)
  • Regarder son enfant autrement, écouter ses plaintes avec une autre oreille…
  • Éviter les contraintes trop rigides (horaires, nourriture, bain, etc.)
  • Annoncer le changement de rythme à l’avance (heure du coucher, des devoirs, des repas,etc.)

 

Source : http://www.apprentis-auteuil.org 

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Pour rappel :

 

Jean-François Laurent animera une conférence le vendredi 30 Mars sur le thème « Éduquer à la confiance. Mais alors, comment faire ? »

Plus d’info : ici

 

Jean-François est expert en médiation scolaire et spécialiste de la précocité intellectuelle. C’est aussi un homme qui sait porter un beau regard sur les enfants et les jeunes et prône la mise en place d’un cadre bienveillant avec des règles qui ont du sens et qui protègent permettant aux enfants de s’épanouir et de grandir.

 

 

 

 

 

 

 

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