Dyslexie : mieux comprendre la nouvelle étude

Dyslexie : symétrie trop parfaite

 

Je pense que vous êtes nombreux à avoir vu que des chercheurs en physique à Rennes avaient découvert une des causes possibles de la dyslexie. La presse a bien relayé l’information.

 

Essayons ensemble de mieux comprendre ce qu’ils ont découvert.

 

La vision est réalisée grâce à nos deux yeux. Notre cortex visuel interprète les rayons lumineux que nos yeux ont perçus. L’œil en lui-même est un récepteur qui capte des images et les transmet en signal électrique vers le nerf optique. Le signal électrique est alors décodé par le cortex visuel qui nous renvoie alors une image que l’on pourrait dire « traduite ». C’est cette image traduite que nous interprétons.

 

Pour bien comprendre ce que veut dire cette découverte, revenons un peu sur l’anatomie de l’œil.

 

La cornée est l’endroit par lequel la lumière pénètre l’œil. La pupille régule la quantité de lumière qui sera vue en modifiant son diamètre : elle se dilate ou se rétracte. Le cristallin va permettre l’ajustement en fonction des distances : il zoome ou recule en fonction de la distance de l’image à voir. Dans le fond de l’œil, il y a la rétine qui est constituée de photorécepteurs. Ces photorécepteurs reçoivent la lumière et la transmettent sous la forme d’un signal au nerf optique. Les photorécepteurs sont des cellules nerveuses qui ont des pigments photosensibles : les bâtonnets et les cônes.

Lorsque l’on regarde une image, les rayons lumineux traversent la cornée. La pupille règle alors la quantité de lumière. Le cristallin va ajuster en fonction de la distance de l’image pour que cette image soit nette. Lorsque les rayons lumineux traversent le cristallin, ils sont déviés pour que la focalisation (l’ajustement) soit correcte sur la rétine.

L’image est alors transformée et est formée à l’envers sur notre rétine. Notre rétine envoie grâce aux bâtonnets et aux cônes, des signaux au nerf optique. Notre cortex visuel traitera alors cette image et en interprétant les signaux envoyés. L’image est alors redressée et interprétée et traduite comme droite.

 

La macula et la fovéa : cela se précise.

 

Dans la rétine existe une zone contenant les photorécepteurs : la macula. Au centre de cette macula, on trouve la fovéa qui est la zone où la vision des détails est la plus précise. Elle contient uniquement des photorécepteurs qui nous permettent de distinguer les couleurs.

Dans la macula, les photorécepteurs vont donc transmettent un signal au nerf optique. Dans cette zone, les récepteurs sont placés d’une certaine manière (on dit qu’ils sont agencés radialement autrement perpendiculaire par rapport à un axe). Cette disposition particulière fait qu’ils n’absorbent pas tous les faisceaux lumineux de la même manière et notamment la lumière bleue (plus précisément, le spectre bleu de la lumière blanche). Ils « absorbent » plus faiblement la lumière bleue. L’endroit précis de cette faiblesse à la lumière bleue s’appelle l’endroit de Maxwell.

Normalement, cette zone est différente d’un œil à l’autre. En effet, dans l’œil directeur, cette zone a une forme circulaire et dans l’autre œil, sa forme est celle d’une ellipse.

 

Que dit donc l’étude ?

 

Chez les dyslexiques observés par ces deux chercheurs (30 personnes), cette zone de Maxwell serait la même dans chaque œil : un cercle. On pourrait donc dire qu’ils n’ont pas d’œil directeur. Cette différence pourrait expliquer les images en « mal retournées » et/ou en miroir que perçoivent les dyslexiques.
Autrement dit, si vous regardez un b, normalement l’image décodée à votre cerveau sera un b grâce à votre œil directeur et un d par votre œil non directeur. Le d sera considéré comme une image « miroir » et sera éliminé par votre cerveau.

Chez les dyslexiques, comme il n’y a pas d’œil directeur, l’image inversée du b donc le d va rester. L’absence d’asymétrie de la zone de Maxwell ne permet donc pas d’éliminer l’image miroir. On comprend mieux alors pourquoi la lecture est gênée et surtout pourquoi les dyslexiques confondent de manière récurrente certaines lettres comme le b, d, p, q u, n… des lettres miroirs.

Une nouvelle piste ?

 

C’est donc une nouvelle piste qui reste encore à explorer. L’étude porte sur une population de 60 personnes : 30 dyslexiques et 30 non dyslexiques.
Il aurait mis au point un système de lampe de lecture (système qui permettrait d’annuler les images miroirs) pour corriger cette anomalie : nouvelle approche pour aider les dyslexiques ?

 

Voilà si comme moi vous aimez bien comprendre de quoi nous sommes en train de parler lorsque la presse et les réseaux sociaux relayent une information concernant la dyslexie, j’espère avoir pu vous éclairer (sans jeu de mots bien sûr !).

 

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Des exemples de différents articles de presse :

Des physiciens de Rennes 1 ont percé le mystère de la dyslexie : lire

Une nouvelle cause de la dyslexie découverte : lire

Cet article a 4 commentaires

  1. Suoer ! merci !!
    A-t-on une idée de l’applicatin concrète et pratique que cela va entraîner ?

    1. Bonjour Agnès,

      Merci pour vos encouragements :-)

      D’un point de vue personnel, je pense que l’étude confirme un problème de transmission des informations au cortex visuel. La cohorte est réduite puisque l’étude porte sur 30 personnes uniquement. En même temps, elle donne une zone précise qui jusqu’à présent n’a jamais été explorée et c’est ce qui, à mon sens, la rend intéressante.

      L’application concrète est apparemment l’utilisation d’une lampe qui permettrait de réguler/modifier l’arrivée des rayons lumineux et donc de modifier l’arrivée des informations au cortex visuel. Les images miroirs seraient alors effacées comme chez les non-dyslexiques. De toute manière, je ne vois pas autre chose qu’une arrivée de lumière (quel qu’en soit la forme ou la manière) différente de ce que l’œil capte normalement. Les chercheurs ont construit une lampe avec une lumière de densité variable par intermittence (elle donnerait par moment une lumière dont certains photons auraient été enlevés (sachant que les photons n’ont pas tous les mêmes longueurs d’ondes… en gros)).

      Je pense que cette application pourra fonctionner pour certains dyslexiques mais, pas pour tous, car rappelons-le il n’y a pas qu’une seule dyslexie mais, plusieurs dyslexies.

      Et vous qu’en pensez-vous ?

  2. Au vu de cette étude, est-ce que vous pensez que lire avec un seul œil ouvert peut aider ? Ça parait tellement simple que ça me surprend que personne n’ait essayé plus tôt. Mais c’est ce que je comprends à la lecture de la découverte.

    1. Bonjour,

      Je pense qu’il faut prendre cette étude pour ce qu’elle est : une étude d’une cohorte de 30 personnes (donc très peu, ce qui est un biais dans une étude) et qui donne une piste avec une nouvelle zone qui reste à explorer. Reste à définir plus justement pour quels types de dyslexie exactement cette découverte (qui ne fait que confirmer une thèse déjà ancienne) permettra une vraie nouvelle avancée.

      Pour répondre à votre question, la vision étant binoculaire, nous avons donc normalement besoin de nos deux yeux ;-). Si je comprends bien votre hypothèse, il faut que les dyslexiques (plutôt certains dyslexiques… reste à savoir précisément lesquels ?) se cache constamment un œil. L’idée peut paraître séduisante ;-) mais comme nous sommes soumis constamment à la lecture, il faudrait donc porter ce cache constamment, autrement dit à terme ces personnes perdraient leur vision binoculaire et donc le relief (par exemple). L’idée parait donc finalement peu séduisante.

      L’idée d’une modification de l’apport des rayons lumineux me semble plus juste puisque la zone en question est une zone photosensible. Tout cela reste à prendre avec un grand recul et c’est dans cet esprit que j’ai voulu permettre aux gens de mieux comprendre cette « nouvelle » découverte.

      Bonne et douce journée.

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