Dyslexie, dyspraxie, dysphasie, TDAH… l’entrée dans le secondaire

Samedi 13 Octobre 2012 se déroulait la 6ème journée nationale des dys sur Lyon. J’ai pu, l’après-midi, assister à une table ronde portant sur le second degré. Les intervenants de cette table ronde étaient divers et tous issus de l’éducation nationale : médecin scolaire, inspecteur d’académie, professeur,… Je vous livre en quelques mots ce que j’en ai retenu et mes interrogations.

 

Il est vrai que le sujet m’intéresse grandement. La plupart des jeunes que je coache sont dans le secondaire autrement dit des collégiens et des lycéens. Le premier point portait sur cette transition entre le primaire et le collège. Le lien entre le primaire et le secondaire n’est pas toujours facile, tout le monde semble s’accorder sur ce constat : alors comment faire ?

 

Des aménagements à mettre en place.

En primaire, certains enfants bénéficient d’aménagements sans que ceux-ci soient forcément formalisés sous la trace d’un document officiel comme le PPS (Projet Personnalisé de Scolarisation) par exemple. Le collège est un nouvel environnement et les attentes sont que les aménagements mis en place lors du primaire soient automatiquement et rapidement reconduits lors de l’arrivée de l’enfant au secondaire.

Voici donc les conseils qui ont été donnés :

–       Signaler automatiquement lors de l’inscription de l’enfant ses spécificités et la mise en place des aménagements en primaire afin de l’aider à compenser ses difficultés.

–       Laisser un temps d’observation à la nouvelle équipe pédagogique afin qu’elle puisse mettre au point les différents aménagements et éventuellement les compléter ou les réadapter dans le nouvel environnement qu’est le collège (ou le lycée).

Le temps d’observation semble une bonne idée quand on le regarde vu de l’extérieur. Effectivement, laisser le temps aux différents enseignants de connaitre leurs élèves semble intéressant, voire même fondamental si l’objectif est de mieux le connaitre pour mieux adapter les moyens de compensation. Entre le primaire et le collège, les besoins ne sont plus forcément les mêmes : le rythme s’accélère et il peut être nécessaire, par exemple, de penser à compenser des difficultés de prendre au bon rythme la trace écrite.

Malheureusement, sur le terrain, cette mise en œuvre est bien complexe. En effet, la première question que je me pose porte sur la durée de ce temps d’observation. Rappelons qu’un mois correspond à 1/10 du temps de l’année scolaire, 1/10 que dis-je, 1/8 en fait si l’on déduit les vacances scolaires. Après, il faut ajouter le temps nécessaire afin de réunir cette équipe pédagogique pour  redéfinir les aménagements nécessaires à l’enfant. Même en admettant que ce temps soit nécessaire et incompressible, je ne peux que m’interroger sur ce temps « perdu » pour l’enfant lui-même tenant compte du fait qu’une année scolaire passe très vite et des écueils liés à la problématique de la confiance en soi et estime de soi (quelle valeur ai-je comme élève de 6ème ?  suis-je capable ? …)

 

Un interlocuteur dans le secondaire ?

La seconde problématique est le rôle des rééducateurs (orthophoniste, ergothérapeute…) au sein de ce système. En effet, se confrontent alors les différents rééducateurs entourant l’enfant et la diversité des enseignants. Comment les informer et qui informer ? Le débat s’anime car plusieurs solutions sont évoquées : le chef d’établissement, le professeur principal, l’infirmière scolaire ? Si plusieurs solutions sont évoquées, quelle est celle que les parents doivent choisir ? Le chef d’établissement semble être le premier interlocuteur. Il est le chef de l’équipe pédagogique.

J’entends donc que le premier interlocuteur est donc le chef d’établissement. Incontestablement, il est le responsable du bon fonctionnement de l’établissement et a autorité sur l’ensemble du personnel. Il est celui qui veille au bon déroulement des enseignements notamment. Sur le terrain, celui que les parents rencontrent est le professeur principal. Sur le terrain (toujours), ce professeur principal n’a finalement que peu d’influence et/ou d’impact face à ces collègues. Il est encore du rôle du parent d’aller rencontrer les enseignants (notamment ceux qui n’entendent pas/ ne comprennent pas/ n’appliquent pas les aménagements à mettre en place). La solution idéale serait donc d’avoir un seul interlocuteur. Cette solution existe dans certains établissements : le professeur « ressource ». Cet enseignant accueille les enfants « dys » en tenant compte également de leurs points forts. La salle réagit… moi, aussi d’ailleurs ! Ce système « idéal » serait finalement « peu réalisable ». Le rôle des parents est donc encore primordial puisqu’ils sont le lien entre les enseignants, l’enfant (et les rééducateurs).

L’enseignant référent n’intervient que lorsque la situation de handicap a été reconnue par la MDPH (voir ici). Son rôle est d’ailleurs souvent mal connu, voire peu connu des parents. Sa mission est définie clairement ici

Une nouvelle fois, il est rappelé à l’assemblée que le premier interlocuteur reste le chef d’établissement.

 

Terminologie spécifique Education Nationale

Dès l’entrée en 6ème, il faut penser à la 3ème qui inclut passage du brevet (BND) et orientation. Les aménagements mis en place au cours de la scolarité seront décisifs puisqu’ils définiront par la suite ceux nécessaires au jeune lors du passage de son examen.

L’éducation nationale a une terminologie qui lui est propre : troubles spécifiques du langage écrit et de la parole. En fait, d’après ce que je comprends, l’éducation nationale est restée figée au rapport Ringard (rapport émis en 2000, suivi d’une circulaire de mise en œuvre en 2002). Or, troubles spécifiques du langage écrit et oral sont des termes utilisés pour parler de la dyslexie et de la dysphasie. Qu’en est-il de la dyspraxie, du TDAH… ??? La terminologie, les mots et la justesse des mots (comme nous l’a d’ailleurs rappelé dans la conférence plénière de clôture Denis POIZAT) ont leur importance. Je me questionne alors sur cette terminologie tronquée et la méconnaissance ou non reconnaissance des autres troubles spécifiques des apprentissages. Sur Lyon, d’ailleurs notre centre référent est un centre expert des troubles spécifiques des apprentissages. Pourquoi ne pas reprendre cette terminologie ? … une spécificité « éducation nationale » comme il nous a été simplement rappelé.

Bref, surement mon coté tatillon diront certains. Il me semble qu’il pointe un véritable problème de reconnaissance.

 

Les aménagements lors des examens ont été largement abordés. Je préfère en faire un article spécifique plutôt que de vous en parler brièvement. Il me semble que le sujet est suffisamment intéressant, complexe et pragmatique pour justifier une page dédiée. (voir ici)

 

Tables rondes sur le 2d degré.
Beaucoup de monde à cette 6ème édition des dys : un grand bravo aux organisateurs !!

 

Ce que je retiendrai de cet atelier est qu’il convient de prévoir tôt les échéances telles que :

–        le choix du collège

A la question : y-a-t-il des collèges plus adaptés au « dys » ? Personnellement, je n’ai pas entendu de vraie réponse. Les intervenants m’ont semblé plutôt botter en touche répondant que le collège de secteur était parfaitement capable de recevoir un enfant « dys ». Sur le terrain néanmoins, il me semble que la réalité est moins fleurissante. Nombreuses personnes autour de moi dans la salle ont d’ailleurs réagi, la réponse leur paraissant relever du monde des « bisounours », certains témoignages de parents présent dans l’assemblée allaient plutôt dans ce sens.

Il y a donc encore une fois une différence entre la réalité du terrain et le discours donné. Certes, sur le principe et étant donné la loi de 2005, les enfants « dys » devraient pouvoir aller dans n’importe quel collège et y être accueilli « normalement » mais il est fort de constater que dans bien des cas, les aménagements nécessaires à leur scolarité relèvent encore trop souvent du parcours du marathonien pour les parents.

–       Les aménagements au cours de la scolarité

Oui, il y a une avancée. Non, ce n’est pas encore ça. J’ai été surprise pour ma part de très peu entendre parler finalement de PPS (projet personnalisé de scolarité) et de déclaration MDPH (reconnaissance « institutionnelle » du handicap de l’enfant) nécessaire pour assurer la bonne mise en place des aménagements. Or, il me semble que cette reconnaissance MDPH est un des maillons essentiels permettant la mise en place des aménagements à partir du collège. En effet, si en primaire, ces aménagements peuvent se mettre en place sans passer par une voie « officielle », il m’apparait que la diversité des enseignants au collège rend difficile cette pratique.

–       Les examens 

Demande d’aménagements aux examens définis suivant les besoins de l’enfant.

–       L’orientation :

L’orientation… ah, savoir ce que l’on « fera de son enfant après la 3ème » en clair ! Qu’ai-je entendu ? que si votre enfant a au moins un an de retard en 4ème, il peut demander à réaliser un stage en entreprise en vue d’une orientation professionnelle en fin de 3ème. Finalement, j’ai eu l’impression d’entendre parler beaucoup d’orientation professionnelle en fin de 3ème, une impression qu’il y avait comme une évidence. Heureusement, certains interlocuteurs ont rappelé que certains « dys » accédaient aussi à la voie générale. Ouf ! parce que même si c’est difficile, même si les aménagements sont l’une des clés de leur réussite, certains peuvent faire des études. Je ne peux m’empêcher de penser à ces jeunes que je rencontre au cours de mon activité comme par exemple une jeune fille dysphasique en première ES (économique et sociale) ou ce jeune TDAH en première S…

 

Handicap : faire bouger le curseur de l’injustice.

 

A l’issue de cette journée, une conférence était donnée avec comme orateur Denis Poizat. Son approche est très intéressante concernant le handicap. Il a d’abord commencé par nous donner quelques exemples de différentes civilisations pour nous faire comprendre que nos sociétés sont, depuis des millénaires, gorgées d’injustice.

 

Denis POIZAT
Maître de conférences Habilité à Diriger des Recherches
Université Lyon II – Vice-président du collectif Reliance

 

Les sociétés sont capables de supporter une dose d’injustice, une dose supportable, sans se manifester. Quand cette dose devient trop importante, quand elle n’est plus supportable, cela est alors différent. Le premier argument est donc le nombre. Plus, nous sommes nombreux, plus notre voix est entendue. Tiens, cela raisonne en moi et repense alors à « quand on aime la justice, on est toujours un révolté ». C’est donc ensemble, tous ensemble que l’on devient fort et que l’on fait bouger le curseur. Ce curseur qui définit ce qui est acceptable ou non pour notre société. Pour faire bouger ce curseur entre aussi en jeu la notion de vie commune. Une approche que j’ai beaucoup appréciée, ancrée dans la réalité, prenant ses bases dans notre passé et surtout questionnante sur notre possibilité de faire bouger ce curseur pour que la cause des enfants « dys » soit mieux entendue.

Je m’interroge : n’avons-nous pas tous une part de responsabilité ?

 

Parents, continuez d’accompagner !

Le mot de la fin appartenait à Oliver Revol. Après avoir récapitulé la journée, il s’est adressé aux parents. Il a insisté sur le rôle important des parents. Il nous a avoué qu’il a souvent dit aux parents de « lâcher » leur enfant « dys », de les « laisser vivre »… et qu’aujourd’hui, quand il croise des jeunes « dys » qui vont bien, qui sont bien dans leur vie, c’est que bien souvent les parents n’ont pas « lâché », ont continué à accompagner, soutenir…

 

Ma conclusion :

Les parents sont

les premiers supporters et supporteurs.

 

 

Cet article a 6 commentaires

  1. Merci pour ce compte-rendu qui correspond à mes interrogations et mes batailles du moment.

  2. Merci pour ce compte rendu. Je n’ai pas pu me libérer pour assister à la journée des DYS cette année mais grâce à vous je peux en avoir un aperçu.
    Je vous rejoints dans votre conclusion, en orthophonie aussi les patients qui progressent le mieux sont ceux pour lesquels les parents sont impliqués et ne lâchent rien…

  3. Sur mon secteur d’intervention RASED (département du Nord), la quasi totalité des élèves « dys » entrant au collège bénéficient non d’un PPS, mais d’un PAI pour la mise en place des aménagements pédagogiques. La prise en compte de ces aménagements et le « regard » vis à vis des troubles des apprentissages par les professeurs du secondaire en est-elle différente ? Ou autrement dit, est-il préférable de mettre en place un PPS ou un PAI ?

    1. Bonjour,
      Les troubles spécifiques des apprentissages sont des pathologies, ils peuvent donc relever d’un PAI. La demande d’un PPS nécessite une reconnaissance auprès de la MDPH or, certains parents ne sont pas « prêts » à entendre le mot « handicap » associé à leur enfant.
      Il ne faut pas oublier que le PPS ne contient d’ailleurs pas que les aménagements, rappelons qu’il se décompose en 4 volets : volet pédagogique, volet thérapeutique, volet compensation, volet aménagement.
      Reconnaissance MDPH, PPS… entraine aussi un changement d’interlocuteur pour les parents avec un enseignant référent et un inspecteur ASH.

      Lorsqu’un PPS est mis en place, les enseignants dans le secondaire sont plus sensibles à la nécessité des aménagements. Le regard change donc.
      L’essentiel est surtout de préparer cette transition entre primaire et collège en prenant en compte les différents paramètres comme notamment l’augmentation de la vitesse d’exécution, la fatigabilité, … Même si le collège est un nouvel environnement, c’est en fin de cycle III que son entrée devrait commencer à se préparer en commençant à mettre en place des outils de compensation (passage au clavier par exemple).

      N’oublions pas que c’est la pathologie qui met à certains moments l’enfant en situation de handicap. Plus les situations sont nombreuses, plus les aménagements et les aides seront nécessaires. En revanche, ce n’est pas de la « hauteur » de son trouble que résultera ses difficultés scolaires (échec) mais bien de la hauteur des aménagements mis en place en vu de le compenser.

  4. merci pour ce compte rendu de cette journée! J adore la conclusion du Dr Revol!!!! ça fait du bien de le lire…..

  5. Tres intéressant ce débrief sur cette journée. Je persiste à croire que nous ne pouvons pas lâcher nos enfants car eux se battent déjà suffisamment avec leur dys et nous les parents nous devons nous battre -le mot n est pas faible, mais c est bien ce qu il faut faire pour les accompagner – pour qu ils soient reconnus dans leur handicap et que les enseignants leur proposent des adaptations. On a vraiment l impression de rencontrer des « murs »au niveau des enseignants et entre un pps et son application il y a un fossé.. C est compliqué, chaque année scolaire est un parcours du combattant et il ne faut pas lâcher comme semble le faire remarquer la dernierre remarque de O. Révol. Ça n à pas l air mais c est quand même très lourd au niveau familial et pour la fratrie…

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