Valérie DUBAND, Coach, formatrice et consultante, Lyon

Dyspraxie : l’écriture, le problème majeur

Avril 2015 : mise à jour avec le dossier “Dysgraphie et compensation”, pour accéder au dossier, cliquez ici.

 

On pourrait dire que tout est dans le titre !
Les problèmes de graphisme, d’écriture reste le problème essentiel des enfants dyspraxiques. Un enfant dyspraxique est toujours un enfant dysgraphique.

Un bilan en ergothérapie met rapidement en évidence le retard graphique.
Certains arriveront à écrire grâce à des rééducations, d’autres malgré des rééducations auront trop de mal.

L’écriture manuelle peut s’évaluer suivant 4 critères :
–         la vitesse d’écriture
–         la lisibilité
–         les performances orthographiques
–         le coût cognitif.
C’est bien l’évaluation du coût cognitif le critère le plus difficile à évaluer.
On peut néanmoins prendre en compte la dégradation de l’écriture petit à petit, au fur et à mesure de la tâche… cette écriture qui devient au fil des lignes mal lisible, voire illisible, avec des fautes d’orthographe ou de grammaire qui s’accumulent alors que les règles sont sues…

Bref, votre dyspraxique écrit mais que d’effort pour un résultat qui reste très moyen, voire carrément mauvais.
Et puis, pendant qu’il s’applique à former ses fichues lettres, il n’écoute pas ce que dit son enseignant, il ne peut plus, cette tâche lui absorbe toute son attention.
Il est clair, il va falloir soulager ce geste d’écriture : il va falloir aménager.

Les problèmes ont sûrement commencé en maternelle, où les coloriages, les découpages, pliages ont été laborieux.
Que font ces gamins-là généralement : ils vous expliquent ce qu’il faut faire mais ne vous le montrent pas. Ils  sont « beau parleur », c’est l’une de leurs forces.

Maternelle : que faire alors ?

–         verbaliser les gestes à réaliser avec lui
–         dans les activités de découpage, de collage, de coloriage, l’aider ou le faire aider. Lui expliquer que l’objectif n’est pas de colorier les triangles, mais de reconnaître les triangles par exemple.
–         Ne pas insister sur les jeux de construction, puzzle… ne pas attendre de forme concrète le laisser simplement manipuler pour le plaisir.

A l’entrée en primaire, les choses se corsent.

L’entrée en primaire :

Globalement, il y a deux cas :
–         l’enfant dyspraxique qui arrivera à écrire
–         l’enfant dyspraxique qui n’arrivera pas à écrire
Le constat paraît basique, mais il est réel.

Certains enfants dyspraxiques parviendront à écrire avec l’aide de rééducation. Ils auront du mal, le geste sera lent, laborieux. La qualité de l’écriture restera fluctuante au fil des lignes mais, ils y arriveront. Néanmoins, le geste d’écriture restera couteux et nécessitera des aménagements pour la poursuite de la scolarité.
Pour d’autres, malgré des rééducations, le geste reste trop difficile. Quelques mots difficilement posés sur le papier, illisibles.

Comment aider l’enfant dyspraxique en écriture ?

Conseils de base :

L’écriture doit être limitée autant que possible :
– exercice à trous
– exercice où l’on entoure ou stabilote la réponse
– écriture réduite à quelques mots isolés dans une leçon

Encourager la lisibilité et tolérer que l’écriture ne soit pas régulière, plus ou moins grosse, plus ou moins dans l’interligne. L’objectif premier est que l’enfant se relise, puis que l’on puisse le relire.
Eviter les soulignages, les changements de couleurs (accepter le stabilo ou le fait d’entourer d’une autre couleur).
Ne pas regarder la présentation, penser que l’objectif est qu’il se relise et que l’acte d’écrire soit réalisé dans un temps acceptable par rapport à sa classe d’âge. Donc si le titre n’est pas au milieu (ce qui est aussi une notion spatiale et met en difficulté les enfants dyspraxiques visuo-spatiaux), ni en rouge, ni souligné… ce n’est pas grave. L’important : il y a le titre !

Éviter les exercices de copie.  

Exemple : Copie une phrase écrite au tableau :

* gestion de deux dimensions : tableau/cahier : notion spatiale

* gestion de saccade oculaire pour découper le mot afin de l’écrire correctement sur le cahier : rappelons que les dyspraxiques visuo-spatiaux ont une trouble optomoteur avec une stratégie du regard non efficace : le mot n’est pas découpé correctement, l’enfant fatigue… au fil du temps il n’apprend pas à copier mais à lire pour se dicter ce qu’il va devoir écrire => nombreuses fautes d’orthographe en plus.

* Gestion du geste d’écriture : formation des lettres.

Je vous laisse imagine le résultat.

L’utilité de cet exercice est complètement à remettre en cause pour un enfant dyspraxique car il n’apprend pas en copiant, voire pire, il désapprend ce qu’il a appris car il enregistre des informations erronées : on dit alors que la copie est « toxique ».

Compenser :

– lui remettre des photocopies de bonne qualité. Insistons sur la bonne qualité car si tout ou une partie de la feuille est mal lisible par manque de toner, les données ne seront pas accessibles aisément. Penser également à aérer la présentation pour qu’elle soit encore plus lisible. Pour certains enfants, un exercice par page sera nécessaire.
– lui écrire ses devoirs sur son agenda ou cahier de texte ou déléguer à un enfant de la classe qui serait ravi de jouer au secrétaire.

Les aider à écrire : comment ?

Voilà une question intéressante. Avant toute chose, il faut leur donner la chance d’essayer, alors quels conseils pourrait-on donné ?
Il convient de rester à l’esprit l’objectif final : être capable de former les lettres pour pouvoir, dans le futur, être capable de laisser quelques traces écrites dans la vie courante : une liste de course, écrire un petit mot, remplir un chèque…

Les cahiers lignés.
Les cahiers lignés sont des cahiers qui permettent un apprentissage de l’écriture pour les enfants dyspraxiques. Le principe est d’aider au repérage.

–         Les lettres ont les pieds par terre : ligne marron
–         Les petites lettres s’arrêtent à l’herbe : ligne verte
–         Les grandes lettres montent jusqu’au ciel : ligne bleue
–         Les lettres (certaines) descendent sous la terre : ligne rouge (ou grise, pour les grises on parle des cailloux).
 Il faut savoir que les marges et les carreaux vont plus perturber qu’aider.

 

feuille lignée

feuille lignée

On retrouve aussi le code couleur mis au point par l’Hôpital Bicêtre :

–  on démarre au feu vert (une ligne verte vient matérialiser la gauche de la feuille)
–  on s’arrête au feu rouge (une ligne rouge vient matérialiser la droite de la feuille).
 On peut également ajouter si ce n’est pas présent :
–  le ciel : matérialisé par une ligne bleue en haut
–  la terre : matérialisée par une ligne marron en bas.
Exemple :

Exemple de feuille lignée avec encadrement

 

Où trouver des cahiers lignés.

Mon cahier dys : ici
 Page de feuille lignée à imprimer :  ici

 

Générateur de feuille lignée : Ce générateur permet des paramétrages en termes d’espacement entre les lignes, de taille de marges, de grosseurs de ligne… Voir ici

 

Les aider dans le geste :

La méthode Jeannot dit encore la méthode du petit chien.

Extrait du mémoire de Guy Reveillac :
« l’intégration en milieu scolaire ordinaire des enfants IMC atteints de dyspraxies visuo-spatiale. »
« Nous savons depuis Ferdinand Buisson que l’apprentissage de l’écriture doit être mené simultanément à celui de la lecture, voir le précéder. Chez l’enfant valide, l’apprentissage de l’écriture manuscrite cursive est long et complexe et s’effectue selon deux axes : le premier est sémantique, le second est moteur. En effet, dès le cycle 1, l’enfant découvre, d’abord, à quoi sert l’écriture et les rapports qu’elle entretient avec le langage et, simultanément, il apprend différents types de tracés. Ces tracés ne seront vraiment automatisés que vers la fin du cycle 2, et leur vitesse s’améliorera encore plus tard. Il s’agit là d’un apprentissage praxique. »
 Et
« La dysgraphie dyspraxique se distingue de la dysgraphie la plus courante qui est une pathologie de la trace liée au refus inconscient d’écrire. Elle se caractérise par une aggravation lors de la copie directe (avec le modèle sous les yeux) et par un tracé de la lettre réalisé par petits morceaux. Marie-Alice DU PASQUIER cite le cas d’un enfant de dix ans incapable de recopier une cycloïde élémentaire mais capable de la tracer lorsqu’on lui demande d’imaginer qu’il s’agit d’une suite de « e attachés ». Cet exemple, extrême, indique que, dans certains cas, un enfant dyspraxique peut contourner la difficulté en ne se fiant pas à ses yeux. »

Dans la méthode Jeannot, l’écriture est décomposée en 9 tracés fondamentaux

(9 traits pour tout écrire). Ces 9 tracés vont permettre le dessin de presque toutes les lettres. Les deux images de base sont un petit chien et un jet d’eau. Les tracés des lettres déclineront de ces deux images : une partie du corps de l’animal ou du jet d’eau.

   

Le chien – Méthode Jeannot

 

                       


Jet d’eau – Méthode Jeannot

 


 

 

Le tracé du chien :  

 

Tracé du chien – Méthode Jeannot

 

 

Patte du chien      Ecriture de haut en bas
Dos du chien         Ecriture de gauche à droite
Nez du chien         Ecriture en descendant
Queue du chien    Départ à gauche
Œil du chien          Dans le sens contraire des aiguilles d’une montre

Dans un second temps, on travaille le point, les horizontales, les obliques et les courbes.

Exemple : la niche

 

La niche – Méthode Jeannot

 

 

Exemple de lettre : la lettre i

 

Lettre i – Méthode Jeannot

 

 

 

Museau + patte + queue + oeil

Verbaliser

La méthode consiste aussi à verbaliser le mouvement.
Il faut aussi associer un déplacement corporel à une lettre. Il faut que l’enfant se fasse un schéma mental de cette lettre. Le vocabulaire ne fait référence à aucune notion spatiale.
Les inviter à reproduire corporellement le tracé de la lettre : sur le sol, avec leur bras, à tracer dans le vide…
On peut aussi utiliser le sable ou une corde avant de passer au tracé sur la feuille.

La verbalisation est primordiale. Laissez libre court à votre imagination pour aider l’enfant.

Voici ce que dit une maman d’enfant dyspraxique qui utilise cette méthode :

“Attention si ton “a” sort du chemin des souris il va se faire dévorer par les oiseaux”. Les oiseaux sont posés puis s’envolent vers le ciel (d,l,t…), le F c’est la lettre magique qui va sur tous les chemins, etc… Laisser l’enfant inventer ses propres histoires.
L’écriture devient une histoire sans fin. On peut se moquer de la lettre personnage si elle est ratée. : “Oh! Lala! Il est tout riquiqui ton “e”, il est tellement maigre que je ne l’avais même pas reconnu! Donne-lui un peu à manger sinon il va se transformer en “l”, il a drôlement faim le pauvre!” Jules refait un “e” avec une boucle plus large, il nourrit cette espèce de L et ainsi on reconnaît à nouveau son “e”. De cette manière “l’échec” est dédramatisé et il accepte de recommencer, car il n’écrit plus, il nourrit ! Et en aidant le “e”, il fait le “e”.

J’en profite également pour faire un petit clin d’œil à cette maman pleine d’énergie et pour la remercier de m’avoir permis d’utiliser son témoignage.

Le seul inconvénient de cette méthode, c’est qu’elle ne permet pas d’écrire les chiffres et certaines lettres.

Où trouvez cette méthode :

Le livre est actuellement introuvable.
Le site qui détaille le plus cette méthode est le site de Cabergo 74, site crée par deux ergothérapeutes : ici

Cette méthode est à mettre en place avec l’ergothérapeute, l’AVS, l’enseignant de votre enfant et à la maison. Il est nécessaire que l’enfant retrouve toujours le même discours, la même méthode.

L’outil : le stylo !

Certains préfèrent le crayon à papier.
D’autres les rollers parce qu’ils glissent bien.
Les uns aiment ceux qui ont des guides doigts.

Quel défi de trouver LE stylo !
Il ne faut pas hésiter à faire tester l’enfant, lui demander son avis, lui faire essayer, comparer le résultat…
Vous l’aurez compris, il n’y a pas de stylo miracle mais il y a celui qui correspondra à votre enfant.
Pour vous guider néanmoins, tentons de faire le tour des stylos qui reviennent le plus fréquemment :

–         le crayon à papier : il a l’avantage de pouvoir être gommé et donc de faciliter une présentation plus propre du travail (ce qui est aussi encourageant pour l’enfant).
Eviter de le prendre à mine trop dur, privilégier les mines grasses (dite encore tendre) dans la catégorie des B. Le HB que l’on trouve le plus couramment est la moyenne au niveau de la dureté de la mine.

–         Les rollers : ils ont l’avantage de glisser et donc de faciliter le tracé.
Pour certains au contraire, ils glisseront trop et auront des difficultés à maîtriser

–         Les stylos qui guident  comme par exemple les Yoroben : l’avantage est que l’enfant voit ce qu’il écrit. Il évite les mauvaises tendances qui sont de tenir ses doigts trop près de la mine.
 Il aide les enfants à moins serrer les stylos grâce à son grip qui permet un positionnement naturel des doigts.

 

Yoropen

 

 

Image venant du site « la main gauche.com»

    Les Pelikan de la gamme Griffix : ici
On en trouve chez Amazon : ici

 

Griffix de Pelikan


–         Les velleda : sur une ardoise ou un tableau. Ils glissent, ils s’effacent. C’est aussi à utiliser à la maison.

–         Les stylos triangulaires : ils aident à la prise en main.

On trouve des crayons à papiers sur le site Hop Toys, solutions pour enfants exceptionnels : ici

Crayons triangulaires

 

On en trouve sous la marque STAEDTEL gamme « Ergosoft »

voir ici, ou ici, ou encore ici

 

–         Les manchons ou les guides doigts.

 

Manchons – Image Site Hop Toys

Manchons : site de Hop Toys : ici

 

Conclusion : Varier les outils, varier les supports.
Chaque enfant dyspraxique est différent, laissez l’enfant essayer et tester le stylo qui lui conviendra le mieux.

Petit récapitulatif des sites pour trouver les outils :

Mon cahier dys : Mon cahier dys : ici
Page de feuille lignée à imprimer : ici
Hop Toys, solutions pour enfant exceptionnel : ici

Générateur de feuilles spéciales à imprimer : ici et de manière générale ici
Pour les stylos, beaucoup se trouvent dans les grandes enseignes comme
Auchan ou Carrefour.

 

 

La posture :

Le geste d’écriture demande une posture correcte. Il faut donc que l’enfant soit correctement installé :

–         penser à respecter l’angle de 90 ° entre le dos et les cuisses.

–         Si les pieds ne touchent pas par terre : ajouter un petit marche pied

–         Permettre une inclinaison de la feuille

Bien souvent, le geste d’écriture est réduit au geste de la main en lui-même ; c’est un grand tort. La position est la première chose à prendre en compte.
Au besoin, faites vous conseiller par l’ergothérapeute de l’enfant.

 

Lire la suite avec le dossier complet : dysgraphie et compensation

 

Autres informations sur la dyspraxie :

Sommaire de la rubrique “Dyspraxie” avec toutes les pages.

 

La lecture, problème de stratégie du regard.

 

 

 

Blog de Valérie DUBAND

Coach professionnelle
Spécialisée enfants et adolescents
Formatrice
Coordinatrice "dys" dans un collège lyonnais

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Pour les 1ères/Terminales

Objectif : avoir des outils et des techniques afin de savoir s’organiser en vue d’un examen et de se sentir en confiance pour affirmer ses connaissances.

Cet atelier se décompose en 5 séances.
(samedis de 10h00 à 12h00 : 4 Février, 18 mars, 1 Avril, 6 Mai, 20 Mai 2017)

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