Valérie DUBAND, Coach, formatrice et consultante, Lyon

Comment apprend-on à lire ?

Dyslexie : comment apprend-t-on à lire ?

 

L’apport des neurosciences et des nouvelles techniques d’imageries cérébrales nous permettent aujourd’hui d’avoir une certaine connaissance sur le sujet. La science avance sur le sujet, il reste encore tellement de choses à découvrir, le fonctionnement et l’organisation de notre cerveau étant complexes.

 

Actuellement, nous commençons donc à avoir quelques réponses dont certaines sont des certitudes et d’autres qui même si elles sont encore au stade d’hypothèses commencent à être bien argumentées.

 

 

Stanislas Dehaene dans son livre « Les neurones de la lecture » explique que notre cerveau n’a pas été conçu pour apprendre à lire. Entendons par « conçu » le fait que notre cerveau n’a pas subi d’évolution depuis le stade de l’Homo-Sapien ». L’homo sapien, c’était il y a 5 mille ans.

Au regard d’une vie d’homme, ce temps parait considérable mais en terme d’évolution, ce n’est qu’une goutte d’eau. Il parle donc de recyclage neuronal.

 

 

Comment apprend-t-on à lire ?

Au vu des connaissances actuelles

 

 

 

 

Le premier stade est le stade logographique ou pictural

 

A ce stade, l’enfant reconnaît des mots comme son prénom, son nom de famille, quelques prénoms de ses camarades de classe, la marque de sa boisson préférée….

Il va s’appuyer sur des indices visuels pour reconnaître des mots.

Il se crée un lexique pictural (ce lexique peut même être conséquent puisqu’il peut aller jusqu’à une centaine d’images).

Logo Disney

 

A ce stade, l’enfant ne lit pas, nous sommes dans la « devinette ».

 

 

D’ailleurs si je mets cette image là. Par reconnaissance visuelle, sans même avoir besoin de lire ou de savoir lire, la plupart des gens….

Panneau STOP

 

Dira qu’il est écrit « STOP ».

 

 

Le stade phonologique : le début de la lecture

 

Le stade phonologique est le stade où l’on associe une lettre ou une chaine de lettre à sa prononciation. C’est le début de la lecture.

On découvre que « a » se dit « a », que le « b » se « chante » « be »…

L’enfant apprend à lire et surtout à mettre du sens sur ce qu’il lit.

b + a = ba

 

Ce stade implique la mise en place correcte de certains points :

 

→ L’attention :

 

Il va falloir que l’enfant ait des capacités d’attention compétentes pour pouvoir discriminer chaque lettre et notamment faire attention à chaque détail des mots.

Ex : le C : il faut faire attention à la lettre suivante. Il ne se prononce pas de la même manière s’il est accompagné d’un E, d’un A ou encore d’un H.

 

 

→ La mémoire

 

Il va falloir que l’enfant n’ait pas de problèmes de mémoire et notamment en terme de mémoire de travail.

La mémoire de travail est la mémoire que l’on utilise pour faire un travail. Elle permet à la fois de faire du stockage d’information et du traitement. Sa capacité est limitée (l’empan moyen chez un adulte normal est d’environ 7 informations isolées  traitées en même temps). Elle permet de faire des manipulations (limitées dans le temps) durant une tâche.

L’information qui est stockée permet de réaliser rapidement la tâche suivante. Cette mémoire est de courte durée (environ 30 secondes) et est sensible à tous éléments distracteurs (bruit notamment).

Ex : quand on fait un exercice de mathématique, le calcul effectué est réalisé grâce à la mémoire de travail. Le résultat n’arrive pas de manière magique mais est bien la conséquence d’opérations mentales nécessitant un stockage. Si je pose l’opération suivante : 143 + 28 =

Je commence par faire 3 + 8 = 11. Je garde dans ma mémoire de travail le 1 et sa retenue.

Autre exemple plus classique : le numéro de téléphone que l’on lit juste avant de le composer.

 

Sa mémoire à long terme lui permettra de stocker ses apprentissages.

 

 

→ L’aspect visuel

 

C’est là où commence réellement la lecture. La région centrale de la rétine, appelée « fovea », est la seule utile dans l’acte de lire. Elle occupe environ 15% du champ visuel et c’est elle qui capte les lettres et les détails. Cette région est donc étroite et c’est parce qu’elle est étroite que pour lire nos yeux vont devoir bouger. On parle alors de saccades oculaires.

 

Lors d’une saccade oculaire, notre œil est capable de voir (identifier) un certain nombre de lettres : d’une dizaine pour un lecteur expert, de 3/5 pour un lecteur débutant. C’est ce que l’on appelle l’empan visuel. De la performance de cet empan visuel dépendra la vitesse de lecture et donc de l’efficacité des saccades oculaires (mais également de la poursuite oculaire car elle permet de suivre correctement une ligne).

 

La lettre entre alors dans notre système visuel et est alors décodée avec une analyse de l’ordre dans lequel elles sont mises. Il y a donc en premier lieu une reconnaissance visuelle des lettres. Cette reconnaissance est réalisée par les mêmes parties du cerveau quelque soit la langue lue.

 

Notre système visuel également prendre des repères : on parle de la reconnaissance invariante du mot (police, mise en gras, taille de caractère, majuscules, minuscules, soulignement…). Ce qui fait que le mot « neuf » est toujours reconnu comme étant le mot « neuf » et ce même s’il est écrit

 

Notre système visuel ne retient donc que les informations pertinentes qui vont lui permettre non pas de reconnaître le mot par ses contours mais parce qu’il reconnaît l’invariance de la suite de lettre. Il néglige donc les informations non pertinentes et augmentent les informations pertinentes pour les rendre accessibles au lecteur.

On fait donc la différence visuelle entre paquet et parquet.

 

Exposer à un mot, environ 50 millisecondes plus tard, l’information commence à être triée et  les mots suscitent une activation de l’aire de reconnaissance visuelle des mots (hémisphère gauche).

 

 

→ Les habilités phonologiques

 

Il parait évident qu’il faut apprendre à quel son correspond tel graphème. Il faut donc attribuer le bon son au bon graphème. L’enfant apprend donc le code phonémique.

 

 

 

L’écriture vient en appui lors de l’apprentissage du code phonémique et vis-versa, autrement dit l’apprentissage du code phonémique vient en appui à l’écriture. Les phonèmes sont donc convertis en graphèmes et les graphèmes en phonèmes.

 

Conversion grapheme phoneme


 

On pense que l’analyse se fait sur multiples niveaux. On sait qu’elle suit le cheminement suivant :

 

 

Lettres →Graphèmes →Syllabes →Morphèmes →Mots

 

 

Petit lexique simple :

Phonème : plus petite unité de son (langage parlé). Ex : genou est composé de 4 phonèmes : g-e-n-ou

Graphème : écriture d’un phonème (analogue du phonème mais à l’écrit). Ex : genou contient également 4 graphèmes : g-e-n-ou

Syllabe : son produit par une seule émission de voix qui est produit par une voyelle seule ou jointe à d’autres lettres. Ex : magnifique contient 4 syllabes : ma-gni-fi-que

Morphème : unité grammaticale ayant un sens et une forme, c’est la plus petite unité signifiante. Ex : réapprovisionnement contient 3 morphèmes : ré-approvisionne-ment.

graphème phonème

 

 

C’est cette décomposition qui va permettre de donner du sens à un mot.

lecteur débutant

 

 

 

Le stade orthographique :

 

 

A ce stade, le temps mis pour lire dépend :

– Du nombre de lettres

– De la complexité de graphèmes

– De la nature du mot

– De sa fréquence dans la langue

 

L’enfant va donc petit à petit se créer un lexique phonologique qui permettra la mise en place une seconde voix dit la voie lexicale. On sait aujourd’hui que la voie phonologique et la voie lexicale fonctionnent simultanément chez les lecteurs experts.

 

La voie phonétique n’est donc pas exclusivement réservée aux lecteurs débutants.

L’enfant devient apte à reconnaître le mot comme une entité. Il se crée donc un lexique orthographique. La mise en place de ce lexique orthographique est encore mal connue.

Actuellement, on pense qu’il y a comme une sorte de photographie du mot, puis une reconnaissance et enfin viendrait le sens. La mise en place de la voie lexicale se ferait en même temps.

 

Ces deux voies travailleraient simultanément donc en parallèle, l’une soutenant l’autre.

 

 

Extrait de « Les neurones de la lecture »

Chapitre 5 « Apprendre à lire » – p°290

Stanislas Dehaene – Editions Odile Jacob : Google livre ici

 

« Lecteurs experts et surentraînés, nous avons l’impression d’une reconnaissance immédiate et globale des mots. C’est une intuition trompeuse. Notre cerveau ne passe pas directement de l’image des mots à leur sens. A notre insu, toute une série d’opérations cérébrales et mentales s’enchaînent avant qu’un mot ne soit décodé. Celui-ci est disséqué, puis recomposé en lettres, bigrammes, syllabes, morphèmes… La lecture parallèle et rapide n’est que le résultat ultime, chez le lecteur expert, d’une automatisation de ces étapes de décomposition et de recomposition »

 

 

Stade orthographique

 

 

 

La mise en place de l’orthographe serait donc l’étape ultime liée à la mise en place précédemment d’une connaissance phonétique avec une liaison constante de conversion graphème-phonème.

 

Cette connaissance permettra de mettre en place un lexique phonétique. La mise en place de ce lexique phonétique permettra par la suite la mise en place d’une voie lexicale. La mise en place de ces deux voies permettra un traitement orthographique et donc petit à petit à l’enfant de se créer un lexique orthographique.

 

 

 

Donc quand on lit un mot comme le mot “chapeau” =

 

On se rend compte que tout n’est pas si simple.

Il faut prendre en compte aussi toutes les irrégularités de notre belle langue française : les lettres silencieuses (exemple : très), les homonymes (exemple : vert, verre, vers), les mots étrangers (exemple : football, yacht), les bizarreries (exemple : femme, orchestre…)…

 

Lire la suite :

 

Historique de la dyslexie

La dyslexie : qu’est-ce que c’est ?

Aide à l’organisation des idées (cartes heuristiques)

Correcteur orthographique en ligne

Polices de caractères utiles pour aider la lecture

Aide à la lecture : tutoriel (logiciel et extension)

 

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