Valérie DUBAND, Coach, formatrice et consultante, Lyon

Dyspraxie, mathématiques et représentation

Comme je le disais dans mon article précédent, les élèves dyspraxiques se retrouvent fréquemment en difficulté face aux mathématiques et en même temps, ces difficultés ne sont en rien automatiques si certaines choses sont mises en place. Alors comment les aider ?

 

Lire l’article : Dyspraxie et notions mathématiques

 

 

Bien comprendre leur difficulté

Pour répondre à cette question, il me semble qu’il faut dans un premier temps bien comprendre pourquoi leurs représentations visuelles mentales (et donc visuo-spatial) ne sont pas utilisées correctement.

En effet, lorsque l’on travaille avec des dyspraxiques visuo-spatiaux, on s’aperçoit rapidement que leur stock d’images est restreint. Mais pourquoi ? En partie, à cause de leur calepin visuo-spatial dans leur mémoire de travail.

 

Un calepin visuo-spatial amoindri

La mémoire de travail est la mémoire que l’on utilise pour faire un travail. Elle permet à la fois de faire du stockage d’informations et du traitement. Sa capacité est limitée (l’empan moyen chez un adulte normal est d’environ 7 (+ ou – 2) informations isolées  traitées en même temps). Elle permet de faire des manipulations (limitées dans le temps) durant une tâche. Elle permet de passer des informations dans la mémoire à court terme (d’ailleurs, selon les références utilisées, certains associent mémoire à court terme et mémoire de travail tellement leur distinction et leur mesure sont liées.) puis par la suite dans la mémoire à long terme (celle qui stocke durablement l’information).

 

Néanmoins, il existe des interactions entre le système de mémoire de travail et ceux de la mémoire à long terme. Elles permettent la mémorisation de certains événements et, ainsi, de se remémorer des souvenirs anciens face à certaines situations présentes, afin de mieux s’adapter.

Extrait du dossier réalisé en collaboration avec le Pr. Francis Eustache, Directeur de l’unité Inserm-EPHE-UCBN U1077 “Neuropsychologie et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine” – Octobre 2014

 

Selon le modèle proposé par Baddeley, elle se décompose en deux systèmes intimement liés l’un à l’autre : un pour le stockage de l’information verbale et visuo-spatiale et un pour le contrôle et la régulation.

 

 

La boucle phonologique

Elle permet de stocker pendant un certain laps de temps des informations sonores en nombre limité. Pour cela, elle utilise un registre phonologique (buffer phonologique) et un processus d’auto répétition subvocale. Ce dernier permet de répéter les mots mentalement. Cette subvocalisation consiste à se dire les mots dans sa tête sans les prononcer. Et oui, on se parle dans sa tête et c’est normal !

Pour mieux comprendre le rôle de la boucle phonologique dans la mémoire de travail, je vous invite à lire cet article.

 

Lire l’article pour mieux comprendre la boucle phonologique

 

Le calepin visuo-spatial

Le calepin visuo-spatial maintient en mémoire les informations visuo-spatiales et les images mentales. Son fonctionnement est similaire à celui de la boucle phonologique. Autrement dit, nous avons un espace de stockage d’informations visuelles et spatiales qui fait office de référentiel interne. Lorsque nous devons retenir un détail d’une image, nous l’observons puis nous gardons en mémoire cette information visuelle et nous la réactivons en boucle jusqu’à son utilisation. Le calepin visuel a deux fonctions différentes. Une fonction qui est sur la représentation spatiale et une sur la représentation visuelle. Il permet la manipulation des images mentales.

 

 

Chez le dyspraxique visuo-spatial

Le calepin visuo-spatial est amoindri : il manque de référentiel interne, autrement dit son stock d’images est faible. En effet, le trouble neurovisuel associé le gène pour mettre en place correctement ce stock d’images (en matière de représentation visuelle et spatiale). Il privilégie donc sa boucle phonologique qui est souvent très efficiente : ne dit-on pas d’ailleurs que ce sont de « beaux parleurs » ?

 

Article pour mieux comprendre les troubles neurovisuels

 

En revanche, comme utiliser ce calepin visuo-spatial est difficile et coûteux, il ne contient finalement que peu d’images. Lorsque l’on dit, par exemple, que la copie est toxique chez le dyspraxique, c’est parce que l’image du mot qu’il va copier sera trop souvent fausse et que son registre « visuelle » intégrera alors une image fausse. D’ailleurs, si vous regarder un dyspraxique copier un mot, bien souvent, il se le prononce et se le dicte. Il utilise à minima les indices visuels qu’il a pris (pas folle, la guêpe lol ).

Or, ce calepin visuo-spatial est essentiel pour aborder les notions mathématiques.

Rappelez-vous, précédemment (lire l’article précédent) nous avions dit que pour que la notion de nombre se mettent en place, il fallait une forme visuelle, une forme verbale et une représentation de grandeur. Si la forme visuelle (grâce aux répétitions) a bien pu se mettre en place, la représentation de la grandeur (autrement dit plus simplement la notion de quantité) ne s’est pas mise en place ou tout du moins pas correctement.

Il en va de même pour la géométrie, si le triangle n’est pas toujours isocèle lorsqu’il est tracé, la trace mentale visuelle que j’en garde n’est pas, elle aussi, complètement exacte. L’image est donc un peu floue en quelque sorte. Or, si mon image est floue comme vais-je pouvoir après la manipuler : lui tracer des médianes, des médiatrices, la mettre en 3D… ?

 

 

 

Se pose alors la question du comment faire pour les aider à acquérir ses représentations mentales ?

 

Avant de répondre à cette question, je vous demande, à la lumière de cette explication : et vous, ça vous remue-méninge comment ? Autrement dit quelles seraient vos pistes, vos inspirations, vos idées pour les aider ?

 

Je vous donnerai alors le fruit de mes observations et mes réponses dans le prochain article  😉

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Spécialisée enfants et adolescents
Formatrice
Coordinatrice "dys" dans un collège lyonnais

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