Dyspraxie : le handicap des enfants « maladroits »

Trouvé dans la presse

 

Le handicap des enfants « maladroits »


La dyspraxie, qui gêne dans la réalisation des gestes de la vie courante, toucherait 5 à 7 % des enfants. Sans toujours être dépistée correctement.

 

Un enfant de 10 ans qui fond en larmes parce qu’il a eu une bonne note en science, banal? Sauf que Théo est un enfant travailleur et appliqué qui peine à avoir de bons résultats car il souffre de dyspraxie. En pratique, des choses simples pour ses petites camarades, comme par exemple l’écriture ou le dessin d’une figure géométrique, lui posent d’énormes problèmes. D’ailleurs, si Théo a enfin décroché une bonne note en science, c’est surtout parce que sa maîtresse a accepté de l’évaluer… à l’oral.

La dyspraxie, qui touche environ un enfant sur vingt avec plus ou moins d’intensité, se manifeste par une difficulté à organiser de façon volontaire et automatique des gestes que les autres font presque sans s’en rendre compte. Car chaque mouvement est un processus complexe qui implique une harmonie entre intention, planification et réalisation du geste: «Le cerveau régule tous les paramètres nécessaires à la bonne exécution du mouvement», explique le Pr Laurence Vaivre-Douret, neuropsychologue clinicienne (université Paris-Descartes et Inserm U 669, AP-HP Cochin et Necker). Copier un dessin, s’habiller, nouer un lacet peut être «mission impossible» pour un enfant atteint de dyspraxie, demandant chaque fois une concentration soutenue et des stratégies gestuelles considérables, d’où une lenteur souvent exaspérante. Pour les autres, c’est un geste presque automatique. Pour lui, chaque mouvement nécessite des efforts et donc une plus grande fatigue.

 

Perçu comme un manque d’application

Dès lors, tout est prétexte à brimer l’enfant dyspraxique et à le tenir à l’écart: un cahier mal tenu, un dessin qui ressemble à un gribouillis, des maladresses en sport ou dans les jeux, une difficulté à se repérer dans une page ou à poser une addition, sans parler de son écriture très irrégulière ou parfois illisible. Or, son entourage familial, mais surtout scolaire, peut facilement mettre tout cela sur le compte d’une immaturité ou d’un manque d’application, souligne le Pr Vaivre-Douret, «car l’enfant est perçu comme intelligent et souvent pertinent à l’oral. Il masquera ainsi son handicap derrière un désintérêt pour le sport, les activités manuelles ou artistiques, au risque d’être repéré tardivement».

 

Pr Vaivre-Douret : «car l’enfant est perçu comme intelligent et souvent pertinent à l’oral. Il masquera ainsi son handicap derrière un désintérêt pour le sport, les activités manuelles ou artistiques, au risque d’être repéré tardivement»

 

 

Le Dr Alain Pouhet, spécialiste de médecine physique et réadaptation, insiste sur les conséquences dévastatrices d’une dyspraxie méconnue: «Ces enfants reçoivent très douloureusement la violence des adultes à leur égard pour des pannes qu’ils ne perçoivent pas, qu’ils ne comprennent pas. Beaucoup sont en réelle souffrance.» Le médecin vient de publier un livre destiné aux enseignants de la maternelle à l’université pour les aider à mieux comprendre et accompagner ces enfants (S’adapter en classe aux élèves dys, Édition Scéren).

 

Dr Alain Pouhet : «Ces enfants reçoivent très douloureusement la violence des adultes à leur égard pour des pannes qu’ils ne perçoivent pas, qu’ils ne comprennent pas. Beaucoup sont en réelle souffrance.»

Dépistage

«Trop souvent, il y a confusion entre dyspraxie et trouble de la commande motrice, qui ne concerne pas les mêmes zones du cerveau et ne relève pas de la même orientation thérapeutique.»

 

Quand l’on suspecte une dyspraxie, toute une batterie de tests normés, dont l’évaluation des fonctions neuropsychomotrices, devrait être réalisée pour affirmer le diagnostic et distinguer ce qui relève d’autres troubles, comme l’attention visuelle, raconte le Pr Vaivre-Douret. «Trop souvent, il y a confusion entre dyspraxie et trouble de la commande motrice, qui ne concerne pas les mêmes zones du cerveau et ne relève pas de la même orientation thérapeutique.»

L’équipe du Pr Vaivre-Douret vient de montrer qu’il est possible de distinguer plusieurs types de dyspraxie et d’en connaître les signes cliniques spécifiques pour un meilleur dépistage. C’est une avancée importante «pour mieux comprendre les mécanismes en jeu dans le cerveau et cela a des conséquences pratiques. Par exemple, là où l’utilisation d’un clavier d’ordinateur sera utile pour un enfant, inutile pour un autre, un tiers temps est par contre souvent accordé», explique la spécialiste. Cela permet d’orienter au mieux la prise en charge entre psychomotricien, orthophoniste, ergothérapeute, orthoptiste, psychologue et pédopsychiatre et de mettre en œuvre les aides pédagogiques les mieux adaptées pour mener à bien la scolarité.

 

«Pour chaque enfant dys, on ne peut pas faire autrement que d’introduire de la personnalisation dans son enseignement»

 

«Pour chaque enfant dys, on ne peut pas faire autrement que d’introduire de la personnalisation dans son enseignement», affirme le Dr Pouhet. C’est tout l’enjeu des projets personnalisés de scolarisation (PPS) qui peuvent être élaborés dans une maison départementale de la personne handicapée.

 

Source : Figaro.fr, par Damien Mascret – le 20/01/2012

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*Informations complémentaires :

Dyspraxie : qu’est-ce que c’est : ici

 

Dyspraxie : comment faire dans le quotidien : ici

Dyspraxie : l’écriture, le problème majeur : ici

Dyspraxie : la lecture, problème de stratégie du regard : ici

 

Dyspraxie : passage au clavier : ici

PPS, Projet Personnalisé de Scolarisation : ici

 

 

 

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