Dyslexie : vers une nouvelle prise en charge ?

Depuis quelques années, on sait que (voir l’historique de la dyslexie) :

–    la dyslexie une maladie neurologique avec des régions cérébrales identifiées
–    la dyslexie ne dépend pas du niveau d’intelligence
–    la dyslexie est héréditaire, elle est d’ordre génétique
–    l’aspect visuel joue un rôle dans la dyslexie
–    la base de l’apprentissage de la lecture doit être la phonologie
–    l’on ne guérit pas de la dyslexie
–    l’enseignement par le déchiffrage donne de bien meilleurs résultats pour les normo-lecteurs et qu’il devrait être obligatoire en cas de troubles du langage oral et écrit.

Depuis 1997, la dyslexie de développement est entrée dans la classification des maladies génétiques.

 

La dyslexie entraine des troubles de la lecture et des troubles de l’orthographe. Ces troubles sont liés à une déficience dans la capacité à manipuler les sons. On parle alors de trouble phonologique. Une question restait encore en suspens : est-ce que ces troubles, liés à des déficits phonologiques, sont exprimés suite à une mauvaise qualité des représentations phonologiques ou à de difficultés d’accès alors que les représentations phonétiques seraient intactes ? En termes plus claires, est-ce que le cerveau des dyslexiques ne décode pas les sons parce qu’il n’y arriverait pas correctement ou est-ce que leur cerveau décode correctement ces sons mais qu’il aurait un problème d’accès ?

 

La dyslexie se démarque d’un déficit dans la vision, l’ouïe ou encore d’intelligence. Néanmoins, elle semble être un mix important dans la capacité à traiter les informations sur les mots.

Les mots lus sont reliés par un système de représentations mentales permettant l’accès au sens. Jusqu’à présent, on pensait que les déficits phonologiques des dyslexiques étaient essentiellement liés au fait que les représentations mentales phonologiques des mots demandés à analyser n’étaient pas de bonne qualité.

 

Une équipe de chercheurs de l’Université de Louvain, en Belgique, a mené une étude en se demandant pourquoi les dyslexiques n’arrivaient pas à transcrire les mots qu’ils entendaient à l’écrit. Elle a examiné le cerveau d’adultes dyslexiques et d’adultes non dyslexiques pendant qu’ils écoutaient différents sons (IRM) : aucune différence cérébrale. Les personnes dyslexiques entendraient donc les sons de la même façon que les autres.

 

En explorant les connexions cérébrales, dans une autre étude, les chercheurs se sont intéressés à différentes zones du cerveau (zones activées lors de l’écoute des sons participant au langage). Le cerveau des dyslexiques auraient des zones qui seraient moins bien reliées entre elles.

 

 

Un cerveau connecté :

Trop souvent, nous entendons parler des différentes zones de notre cerveau indépendamment les unes des autres. Chaque zone est étudiée et une fonction lui est donnée. Par exemple, le lobe temporal est une zone importante pour le langage, l’audition, … Mais ces zones ne fonctionnent pas indépendamment les unes des autres : elles sont toutes connectées.

A la naissance, nous avons tous le même nombre de neurones mais ces neurones ne sont pas connectés ou peu connectés entre eux. Nous allons donc fabriquer des connexions neuronales. Nous avons environ 100 milliards de neurones et chaque neurone est connecté à 10 000 autres. Notre cerveau est donc un immense maillage. C’est ce maillage qui nous donne nos capacités d’apprentissage : nos points forts et nos points faibles. Rien n’est donc fixé au départ, les connexions se créent et se créent tout au long de notre vie. Il y a même quelques années, on entendait dire que ces connexions s’arrêtaient et même que tout se jouait avant 6 ans !

 

neurone
Chaque neurone est connecté en moyenne à 10 000 autres. Il lui faut quelques millièmes de secondes pour propager son message. Les connexions sont donc nombreuses. Le nombre de combinaison possible dépasse de loin le nombre de particules atomiques contenues dans l’univers (réf. Inserm).

 

Ce sont ces connections qui se créent qui nous rendent également tous différents et ce, même avec le même patrimoine génétique (exemple : les jumeaux monozygotes).

 

Un cerveau mal connecté chez les dyslexiques

 

Ces dernières études (1) (2) montrent que le cerveau des sujets dyslexiques aurait donc un problème de connexion. Certaines zones sont moins bien reliées entre elles : le gyrus temporal supérieur n’est pas correctement lié au gyrus frontal inférieur.

Le gyrus(3) temporal supérieur est une circonvolution du lobe temporal. Il interviendrait dans le traitement auditif de haut niveau : traitement de la mélodie et de rythme et de l’intensité des sons parlés, et la compréhension du langage.

Le gyrus frontal inférieur est une circonvolution du lobe frontal. Il interviendrait dans le traitement phonologique et dans la production et articulation des mots (coordination des mouvements impliqués dans le langage parlé, production du langage). Il serait également impliqué dans le travail réalisé pour accéder à la mémoire verbale (sélection et tri).

 

Ces images ont donc montré que les voies de la substance blanche, reliant ces deux gyrus seraient réduites. Lorsque ces mêmes participants dyslexiques effectuent des tâches réduites (ne faisaient pas toutes les tâches), il n’en restait pas moins un problème de communication entre ces deux zones. Les chercheurs parlent alors d’un problème de connectivité. En outre, plus les troubles dyslexiques sont importants, plus cette connectivité est déficiente.

 

Et après…

 

Les personnes dyslexiques auraient donc de représentations phonologiques normales. Leur difficulté ne serait donc pas dans l’association des lettres (graphèmes) et des sons (phonèmes) qu’ils représentent. Leur difficulté serait due à un accès trop lent (ou corrompu) entre la zone où les représentations du son sont stockées et la zone dans laquelle ces représentations doivent être convoquées lorsqu’on en a besoin (correspondance sons/lettres).

La difficulté reste donc bien un problème d’assemblage mais ce sont les causes qui ne sont plus les mêmes. Les chercheurs espèrent que cette découverte permettra l’amélioration des prises en charge. Rappelons que jusqu’à présent ces prises en charge étaient essentiellement liées sur des tâches de représentations phonologiques (construire une image d’un mot -représentation phonologique- en utilisant les phonèmes qui le compose). Néanmoins, même si l’information est bien là,  encore faut-il pouvoir y accéder ! Reste à savoir comment améliorer cet accès ?

 

Vers une nouvelle prise en charge

Le chercheur Belge, Bart Boets, suggère le recours à une technique non invasive de stimulation électrique comme la stimulation magnétique transcranienne. La stimulation magnétiquetranscranienne, appelée encore TMS (Transcranial Magnetic Stimulation) consiste en l’application d’une impulsion magnétique à travers le crâne, de manière complètement indolore, grâce à une « bobine » placée sur la tête. Cette technique est déjà utilisée dans certains cas : fibromalgie, acouphène, dépression, … (4)

Cette impulsion magnétique induit un champ électrique. Ce champ électrique modifie l’activité des neurones situés dans le champ magnétique. Les zones traitées sont donc stimulées.

Allons-nous vers une nouvelle prise en charge ?

 

 

 (1) (2)Source : Science, 6 décembre 2013 : Faulty Brain Connections in Dyslexia? Emily Underwood / Intact But Less Accessible Phonetic Representations in Adults with Dyslexia – Bart BoetsHans P. Op de BeeckMaaike Vandermosten, Sophie K. ScottCéline R. Gillebert, Dante MantiniJessica BulthéStefan SunaertJan WoutersPol Ghesquière

(3)Plis ou replis que l’on voit à surface du cerveau (invaginations et sillons). On appelle encore les circonvolutions, gyrus

(4) : Recommandations françaises sur l’utilisation de la stimulation magnétique transcranienne répétitive (TMSr): règles de sécurité et indications thérapeutiques : J.P Lefaucheur, N. Andér-Obadia, E. Poulet, H. Devanne, E. Haffen, A. Londero, B. Crétin, A-M Leroi, A. Radtchenko, G. Saba, H. Thai-Van, C-F Litré, L. Vercueil, D. Bouhassira, S-S Ayache, W-H Farhat, H-G Zouari, V. Mylius, M. Nicolier, L. Garcia-Larrea.

 

Cet article a 6 commentaires

  1. Bonjour,
    Notre fille est en 3è et l’on vient seulement de nous confirmer que notre fille est dyslexique !! que de temps perdu !! et nous le sommes également.
    Merci pour votre site et tous les précieux renseignements que nous pouvons y trouver. Une vraie mine d’or et une bougée d’énergie…
    Nous souhaiterions avoir le catalogue des formations à venir, mais je n’ai pas trouvé le lien pour nous inscrire sur votre blog.
    Nous vous remercions vivement pour votre réponse
    Bien cordialement
    Sandrine GONDAL
    ***********

    1. Bonjour,

      Pour vous inscrire à la newsletter du blog, il vous suffit de remplir « Newsletter : Abonnez-vous » qui se situe dans la marge droite du site.
      Concernant les prochains stages et ateliers, je suis en train de préparer le calendrier de 2014, il devrait être mis en ligne dans la semaine.

      Bonne et douce semaine.

      Valérie DUBAND

      1. Bonsoir,
        Je vous remercie de votre mail et me suis inscrite à la newsletter.
        Le dernier bilan fait par l’orthophonie qui a suivi de notre fille (14 ans)valide « selon ses dires » qu’elle n’est pas dyslexique, bien que nous le pensons depuis des années, de part ses problèmes de lecture et de fautes d’orthographe (accords et vocabulaire. Ses professeurs au collège l’ont également confirmé.
        Nous ne savons pas vers qui nous tourner pour avoir un bilan normé comme demandé par l’académie de Versailles.
        Auriez vous quelques conseils ?
        Vous remerciant vivement pour votre aide,
        Je vous souhaite également une bonne et douce semaine.
        Sandrine

        1. Bonjour,

          Le bilan orthophonique est normalement un bilan normé. Autrement dit, les différents tests passés montrent ou non un écart à la norme; Ces résultats sont exprimés en écart-type. Quand l’enfant s’éloigne de la norme et qu’il tend vers un trouble dys, les résultats vont vers le -1, -2, -3… voir plus.
          Lorsqu’il n’y a pas de troubles dys, les résultats oscillent généralement entre + (quelque chose ) et -1.

          Maintenant, si votre fille présente des difficultés en orthographe et en lecture mais n’est pas dyslexique, l’orthophoniste peut aussi très bien l’aider à surmonter ces difficultés en l’aidant à mettre en place des stratégies.

          Cordialement.

          Valérie DUBAND

  2. Merci Valérie, vos articles sont passionnants.
    Plus ça va, plus j’observes des enfants, et plus je suis de l’avis de ce médecin, père d’un enfant dysphasique, qui semble penser que dysphasie et dyslexie c’est la même chose. http://enfant-dysphasie.fr/dysphasie/spip.php?article8&lang=fr
    Avez-vous un avis sur la question?

    1. Bonjour Anne,

      Dysphasie et dyslexie me semblent bien différents. La dysphasie est un trouble du langage oral, la dyslexie du langage écrit. Ce qui peut vous donner une impression de « mélange » est qu’un dysphasique est également dyslexique.
      Cordialement,

      Valérie

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