Dyslexie, dysorthographie : la triple peine

Les fautes d’orthographe : une triple peine pour les enfants en difficulté

 

L’éternel exercice de la dictée peut parfois se transformer en un véritable calvaire. Françoise Rouillon, orthophoniste en banlieue parisienne, revient sur les modalités, parfois absurdes, de l’apprentissage de la langue française.

 

Orthophoniste depuis une vingtaine d’années, j’ai souvent affaire à ce qu’on appelle la« dysorthographie ». Ce terme un peu barbare et très général recouvre un trouble d’acquisition de l’orthographe, quelle que soit la nature des erreurs.

 

Cela concerne donc les erreurs grammaticales ou fautes de langage qui concernent le mauvais découpage des mots, les accords des noms et des adjectifs en genre et en nombre, les flexions verbales, l’accord du participe passé, les homophones des mots grammaticaux (exemple : ses/ces/s’est/c’est), bref celles qui retirent le plus de points lors des dictées.

 

Des fautes d’orthographe « logiques »

 

Il m’arrive de demander à l’auteur de l’erreur l’origine de sa façon d’orthographier et je constate qu’il a toujours une justification valable. Voici quelques exemples relevés auprès d’enfants en fin de cycle primaire et d’adolescents au cycle secondaire suivis de leur justification :

 

1.« Ses mon ballon » : ses est un adjectif possessif puisque c’est à moi

2.« Il a penser » : quand deux verbes se suivent le deuxième est à l’infinitif

3.« Elle peu » : pour trouver la lettre finale muette d’un mot, on met ce mot au féminin et comme on ne peut pas dire « peute » ou « peuse »

4.« Je fait » : parce qu’on dit « faite »

 

 

On est loin d’une façon d’orthographier uniquement due au hasard ou à un soi-disant problème d’inattention ou de mémoire. Ils connaissent par cœur ces règles de grammaire et d’orthographe qu’on leur rabâche en croyant les aider et qu’ils appliquent ensuite à leur façon.

 

Ils se posent d’ailleurs souvent les bonnes questions censées leur permettre de trouver la fonction des mots. Seulement ils méconnaissent les différentes catégories grammaticales, ils ne reconnaissent pas les verbes conjugués ni leur temps, ils ne font pas les associations qui permettent de reconnaître un mot sous toutes ses formes et dans toutes ses acceptions.

 

La nécessité de structurer le langage 

 

Pour comprendre une règle d’orthographe et de grammaire, il faut absolument que, précédemment, le langage soit bien structuré. Ce ne sont pas les règles qui vont structurer le langage, c’est le langage structuré qui permet de comprendre et d’appliquer les règles. De ce fait on peut s’interroger : sont-elles nécessaires pour orthographier ? De plus, à force de simplifications, elles finissent par véhiculer un certain nombre d’inexactitudes.

 

Les nouveaux logiciels éducatifs abusivement qualifiés « de rééducation » proposent également le travail des confusions fréquentes en opposition.

 

Mais je pense que c’est, au contraire, par un « déconditionnement » qu’il faut commencer. Ces jeunes cherchent à appliquer ce qu’on leur a enseigné et qu’ils connaissent très bien sans avoir accès au sens car pour évoquer l’imparfait d’un verbe, faut-il encore l’avoir reconnu, pour évoquer un déterminant substitut, il faut avoir reconnu l’article et le nom. Dans cette logique, la règle devient alors inutile.

 

Les vacances vont se transformer, pour beaucoup, en cours de soutien et en achat de logiciels. Or la plupart des enfants et adolescents présentant un trouble « instrumental » et consultant en orthophonie travaillent beaucoup plus que les autres en termes de durée.

 

Les vacances vont se transformer, pour beaucoup, en cours de soutien et en achat de logiciels. Or la plupart des enfants et adolescents présentant un trouble « instrumental » et consultant en orthophonie travaillent beaucoup plus que les autres en termes de durée.

 

Ils vivent au quotidien une triple peine : celle de ne pas savoir transformer leurs exercices en bonnes notes, l’injustice devant la non-reconnaissance de leurs efforts et la réussite de leurs camarades moins travailleurs et pourtant plus performants, la tromperie de l’adulte qui ne sait que lui transmettre ce message − si il y a réussite il y a nécessairement eu labeur ou son corollaire, s’il n’y a pas réussite ce ne peut être que par absence ou insuffisance de travail.

 

« Ils vivent au quotidien une triple peine : celle de ne pas savoir transformer leurs exercices en bonnes notes, l’injustice devant la non-reconnaissance de leurs efforts et la réussite de leurs camarades moins travailleurs et pourtant plus performants, la tromperie de l’adulte qui ne sait que lui transmettre ce message « 

 

 

À l’heure où l’on parle d’efforts à fournir sur l’enseignement des bases (lire, écrire, compter), d’orthopédagogues travaillant en milieu scolaire comme cela se pratique dans de nombreux pays, il serait bon de ne pas sombrer dans le rabâchage à outrance. Les difficultés sont révélées lors des apprentissages scolaires mais préexistent.

 

Alors nous pourrons démarrer une réflexion traitant le langage, le cerveau et l’individu dans sa globalité et engager un « vrai » travail.

 

Source : le nouvel observateur

 

Cet article a 1 commentaire

  1. Je suis tout à fait d’accord avec votre article ! Le problème reste donc dans la manière d’aider ces enfants ! Que pouvons-nous proposer nous parents pour aider efficacement nos enfants sans faire de la « redite » visiblement inefficace et en utilisant d’autres supports que les logiciels éducatifs peu spécifiques dans ce domaine de difficulté ?
    Merci d’avance pour votre considération.
    Mme Bialès

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